Ethiopie 3 : le circuit touristique continue !

Post écrit le 11/09/2012 à Madrid, Espagne. Ce post correspond à la période entre le 8/12/2011 et le 28/12/2011.

 

Dans le village de Debark, on n’eut aucune difficulté à trouver le bureau du parc national, pour payer les droits d’entrée et le scout (qui est en fait un guide, chargé de montrer le chemin et d’assurer la sécurité des marcheurs). On leur indiqua qu’ils devraient aussi payer pour une mule et son maître, afin de transporter le matériel de camping ainsi qu’une partie de la nourriture, mais seulement à partir du lendemain matin, au point de départ du trekking. On partit alors chercher un endroit pour dormir au Nord du village. On se posta en haut du colline et on vit au loin un Ethiopien qui nous regardait nous installer. Benzi et François s’approchèrent de lui, pour lui demander si cela dérangeait quelqu’un si on dormait ici cette nuit. La communication était difficile car le paysan ne parlait presque pas anglais. Benzi et François comprirent qu’ils étaient juste au bord du parc national lorsqu’il leur montra des bornes en pierre à moitié enterrées dans le sol. Tout semblait arrangé, jusqu’à ce que l’Ethiopien leur demanda où était le scout. Ils lui expliquèrent que le trek commençait le lendemain, et donc qu’ils auraient un scout qu’à partir du matin suivant. Le paysan n’accepta pas cette réponse, il était pour lui impossible de voir des touristes sans scout. Il appela le bureau du parc national pour leur dire ce qu’il se passait. François et Benzi n’y prirent pas attention et retournèrent avec Adela pour préparer les sacs pour le lendemain…

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Quinze minutes plus tard, un employé du bureau arriva avec deux scouts armés pour nous expliquer que nous ne pouvions rester ici que si un scout nous accompagnait. Un longue discussion suivit, où mes trois compagnons tentèrent de comprendre la logique de l’employé : si ils devaient payer un scout car ils étaient déjà dans le parc, pourquoi ne devaient ils pas payer aussi les droits d’entrée ? Et pourquoi était-on à l’intérieur du parc alors qu’on voyait clairement les bornes qui le délimitaient ? La présence des deux gardes armés en uniforme ne contribuait pas à ce que les esprits se calment. On n’eut pas d’autre choix que de repartir vers le bureau du parc national, pour rencontrer le directeur, qui nous reçut d’une manière particulièrement désagréable. La plupart de ses arguments n’avaient aucun sens. Adela et François étaient stupéfaits de l’agressivité du directeur envers Benzi après que ce dernier lui ait dit qu’il était Israélien… Sans rien comprendre à la situation, on repartit cette fois vers le sud du village.

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Il faisait déjà nuit lorsqu’on s’aventura en dehors de la piste. On se retrouva nez à nez avec une “petite” rivière de boue. J’essayai de leur dire que je n’étais pas sûr de pouvoir la traverser, François aussi avait des doutes. Benzi, lui, avait très envie de trouver un endroit pour dormir et faisait pression pour qu’on traverse. De son côté, Adela pensait qu’on devait trouver un autre endroit pour la franchir. Bref! Benzi réussit finalement à les convaincre… et quelques secondes plus tard je me retrouvai bloqué, et d’une très mauvaise manière ! Ils essayèrent, et essayèrent, de me sortir de là, mais même avec l’aide de quelques jeunes éthiopiens, je ne bougeais pas d’un centimètre. Une voiture de police s’approcha. Hélas elle n’avait pas de point d’ancrage pour pouvoir me tirer. Ils nous proposèrent d’emmener l’un de mes compagnons au village pour trouver une autre voiture. Adela partit avec eux, et revint un long moment plus tard avec un puissant Toyota. Quelques minutes plus tard, ils me libéraient de la rivière, et nous trouvions quelques centaines de mètres plus loin un endroit parfait pour camper. Je crois qu’à ce moment là je pensais aux quelques jours de repos que j’allais avoir dès le lendemain…

Les montagnes de Simien

Le trek allait démarrer au premier campement après l’entrée du parc national. Nous avions pris avec nous notre scout qui venait armé d’un fusil et chaussé de sandales en plastique. Il n’emportait avec lui que quatre petits pains et une couverture d’avion…

En chemin, nous découvrions les “gelada baboons”, personnages singuliers au milieu d’un paysage montagneux impressionnant. Alors qu’ils ont une très mauvaise réputation auprès des habitants de cette région, qui leurs attribuent la mort du bétail et le saccage des cultures, ils ont un succès indéniable auprès des touristes qui ont souvent l’impression de reconnaître une inoffensive peluche animée. Leur nombre élevé est par contre un peu moins rassurant…

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Ils me laissèrent au premier campement du parc (Sankaber – 3250 mètres d’altitude je crois me rappeler…). La mule partit en suivant la piste pour engins motorisés alors qu’Adela, Benzi et François, accompagnés de leur scout, se dirigèrent vers la falaise qui borde le massif montagneux. Le spectacle était majestueux grâce aux couleurs des champs qu’ils pouvaient voir en bas dans la plaine et à l’amplitude du paysage. Le scout, impassible, continuait tranquillement sa “promenade”, avec le fusil sur l’épaule… Ils croisèrent quelques très jeunes bergers qui s’occupaient de brebis et surveillaient au loin les baboons pour leur jeter des pierres au cas où ils s’approcheraient d’un peu trop près de leur bétail. Lors de la pause du midi, le scout s’éloigna pour aller faire une sieste et les laissa seuls pour manger quelques sandwichs improvisés et des fruits. Ils étaient assez surpris de ne pas voir leur scout les imiter. D’autres touristes leur avait dit que parfois les scouts attendaient des marcheurs qu’ils partagent avec lui la nourriture. Mais au bureau du parc, ils ne leur avaient rien dit, et donc ils ne s’étaient pas préoccupés. A présent il était difficile de discuter avec le scout de ce sujet, car il ne parlait pas un mot d’anglais ! Ils se remirent en route, et après quelques montées assez difficiles à cause du manque d’oxygène, ils atteignirent le camp de Geech (à 3600 mètres d’altitude). Il y avait déjà une dizaine de tentes installées. Ils se rendirent compte qu’ils étaient les seuls à faire le trekking avec seulement un scout, tous les autres étaient en plus accompagnés d’un guide (qui parlait anglais) et d’un cuisinier !

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Pendant le coucher de soleil, ils avaient la sensation d’être comme sur le toit du monde (ou du moins de l’Ethiopie). Le froid arrivait déjà, il n’était pas impossible qu’il gèle pendant la nuit. Leur scout n’avait toujours ni tente ni vraie couverture, et dans le campement il n’y avait qu’une cabane dont les cuisiniers se servaient pour faire du feu et préparer les repas. Ce n’était pas la première fois qu’il emmenait des touristes, il devait être habitué à de pareilles conditions, mais ça faisait quand même mal au cœur à mes compagnons…

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Le lendemain ils longèrent une gigantesque falaise toute la journée. François, en plus de ressentir le vertige pour lui même, le vivait en même temps pour les autres. Imaginez-vous la scène alors qu’Adela adorait se rapprocher (avec précaution quand même) du bord du précipice !

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Le scout était infatigable, et n’hésitait pas à partir loin devant, et disparaissait parfois de leur champ de vision. Peut être trouvait-il qu’ils n’allaient pas assez vite ? Ce jour là, mes compagnons lui attribuèrent le surnom de “turbo-scout” !

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Ils arrivaient enfin au campement de Chenek pour s’y arrêter dormir. C’était le dernier arrêt avant de monter au pic de Bwahit. Cette nuit, il fit très froid, le tissu de la tente était littéralement gelé le lendemain matin. Et une nouvelle fois, pendant le petit déjeuner, ils voyaient arriver le scout avec son visage impassible, ses sandales en plastique et sa couverture d’avion. Comment faisait-il pour dormir ? Est ce qu’il dormait accolé aux autres scouts pour se tenir chaud ? Très certainement…

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En attaquant le troisième jour, qui se résumait à monter et descendre du pic, ils eurent la chance de croiser un groupe de Walia Ibex, une sorte d’antilopes (je pense…) qui existe seulement dans ces montagnes. Benzi qui était plus motivé par son arrivée en haut du sommet ne s’arrêta que quelques secondes et repartit en tête. François et Adela prirent un peu plus de temps pour les observer, mais eux aussi apercevaient le pic qui les attendaient. Cinq minutes plus tard, ils reprirent l’ascension…

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Ouf, ils arrivèrent enfin tout en haut. Ils y restèrent seulement pour le temps d’un court pique-nique. La fatigue commençait à se ressentir après ces deux jours et demi de marche. Le vent froid ne les encourageait pas non plus à rester plus longtemps. Ils repartirent vers le campement de Chenek, pour pouvoir se reposer un petit peu et surtout pouvoir prendre une douche (d’eau glacée) avec encore un peu de soleil !

Le lendemain, et dernier jour trekking, ils allaient revenir vers le campement où ils m’avaient laissé en suivant la piste pour voitures. En une demi journée ils étaient déjà de retour ! Alors qu’on était déjà en train de dire au revoir, et que nous étions entourés de nombreuses personnes, nous payions le propriétaire de la mule en ajoutant un pourboire. Il commença à parler avec les gens autour et l’un d’entre eux qui parlait anglais nous expliqua qu’il se plaignait de la taille du pourboire. On lui répondit qu’il n’y avait pas de taille établie pour le pourboire, qu’on ne comprenait pas pourquoi il se plaignait. Après les traductions, l’anglophone nous expliqua que le propriétaire de la mule se disait qu’on ne l’avait payé que quatre jours alors qu’il était parti pendant cinq jours. Tout le groupe commença à gesticuler et à parler en Amaric, en nous montrant parfois du doigt. L’ambiance s’échauffa, car aucun n’avait envie de comprendre que nous n’étions seulement restés quatre jours, qu’il n’y avait pas d’erreur. L’anglophone nous racontait que nous étions en train d’arnaquer l’un de ses frères, etc, etc… Il fallu que “Turbo-scout” s’emmêle quelques minutes plus tard et leur dise d’arrêter, pour qu’ils comprennent enfin que c’était le propriétaire de la mule qui avait menti. Le groupe réagit en se retournant et en s’acharnant sur lui à présent… L’histoire pourrait s’arrêter ici, mais la suite est encore plus croustillante ! Le propriétaire de la mule avait eu un accident pendant la nuit : il était apparemment tombé contre un caillou et avait un énorme cocard. Il devait aller voir un médecin et pour cela il devait marcher encore au moins une demi journée pour arriver à Debark. Il nous demanda si on pouvait l’emmener. On lui expliqua qu’il aurait peut être dû y penser avant d’essayer de nous arnaquer. Nous devions en plus déjà ramener “Turbo-scout” à Debark et avec tous les sacs de randonnée il n’y avait que très peu de place pour emmener une personne de plus. On vit alors arriver celui qui nous servit de traducteur un quart d’heure plus tôt à bord d’un Landcruiser. Entre “frères” comme il disait, il allait pouvoir l’aider non ? Et bien non, il refusa, en prétextant que dans cette voiture seuls des clients pouvaient entrer ! Le propriétaire de la mule disparut ensuite, sans même qu’aucun d’entre nous le vit s’éloigner.

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En route vers Axum

Benzi allait continuer sa route avec nous jusqu’à Axum, la prochaine étape de notre circuit éthiopien. A la sortie de Debark, nous nous engagions sur une piste qui serpentait à flanc de montagne, et descendait de façon abrupte. Après avoir apprécié le spectacle depuis le haut du massif de Simien, nous voyions à présent depuis la plaine le paysage grandiose de la falaise. Nous la suivîmes pendant de nombreux kilomètres. Il n’y avait pas de doute, c’était très certainement l’un des itinéraires les jolies que nous avions fait en Afrique. 

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Apparemment cela faisait déjà plusieurs années que les travaux avaient commencé pour transformer cette piste en route goudronnée. Seulement ils en étaient toujours à la phase de terrassement, et à la recherche du meilleur tracé aux travers de ces collines. La piste était recouverte d’une fine poussière blanche qui empêchait de voir le vrai relief de la piste. Mes suspensions souffraient, et nous commencions à penser qu’il allait être impossible d’arriver à Axum en une journée. On s’arrêta dans un village perdu en haut d’une colline pour manger une ingera et boire un café, le meilleur moyen pour reprendre des forces. Heureusement, à quelques 100 kilomètres de Aksum, le goudron apparu enfin et on réussit à accélérer la cadence. Je sentais une démangeaison dans l’une de mes suspensions, mais je ne m’inquiétais pas, cela devait être un peu de poussière qui me chatouillait. On réussit à arriver juste avant la nuit.

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Il était très agréable de se promener à Aksum. Même si c’est une ville touristique, les Ethiopiens n’étaient pas aussi “intenses” que dans les autres endroits où nous nous étions arrêtés. Mes compagnons visitèrent le site contenant des impressionnantes obélisques vieilles de plus de 1800 ans et les tombes souterraines des anciens rois de l’Empire d’Aksum. Adela se transformait pour un moment en Indiana Jones au féminin, explorant les recoins sombres des souterrains funéraires.

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Par un heureux hasard, Francois se rendit compte que je m’étais à nouveau fait un gros bobo : une de mes suspensions avant était coupée nette ! Ils se rappelèrent alors le commentaire d’un spécialiste en suspensions à lames qu’ils avaient été consulter à Vitoria avant de partir en voyage : “- Vous pensez qu’il faudrait renforcer les lames ? – Non !!! Impossible de les casser !”. Ouais, ouais, encore quelqu’un un peu trop optimiste, non ? Il fallait une nouvelle fois partir à la recherche de pièces de rechange. Ils avaient repéré un atelier où il y avait un vieux land rover santana, cela doit faire partie de ces réflexes qu’on avait acquis au cours de ce long voyage. Le propriétaire avait justement des vieilles lames de rechange pour son land rover. Il voulait bien nous les vendre, mais son premier prix était exhorbitant. La négociation dura un jour entier ! Le lendemain matin, ils me changeaient enfin mes suspensions…

 

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Les orphelins de Wukro

Quelques jours auparavant, on avait parlé au téléphone avec la mère d’Adela qui nous avait parlé d’un documentaire qu’elle avait vu à la télé espagnole. CE reportage présentait un prêtre qui vivait à Wukro et s’occupait entre autres des nombreux orphelins de cette ville. Cela nous donna envie d’aller lui faire une visite.

En effet, que d’énergie concentrée en un seul homme ! Ce prêtre de plus de 70 ans avait construit petit à petit une mission chrétienne qui était devenu une référence en Ethiopie. Il s’occupait à présent de près de 650 orphelins dans le village, dont certains se débrouillent par eux mêmes, en présence d’un “grand frère”, dans des maisons qui ont été construits pour eux. Les autres sont replacés dans des familles qui reçoivent l’argent nécessaires pour leur donner à manger et les habiller. Chaque soir, après son dîner, ce prêtre part visiter une maison pour voir si tout se passe bien. Adela et François l’accompagnèrent deux soirs et ils furent témoins de ces moments joyeux dans la vie de ces enfants abandonnés dans des circonstances la plupart du temps tragiques. Les enfants lui montrent qu’ils ont fait leurs devoirs, ils chantent, ils dansent, ils lui posent des questions sur de multiples sujets… Il est en quelque sorte le père de tous ces enfants.

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Dans cette région, de nombreuses églises creusées dans la roche, parfois en haut de falaises, ont été découvertes au cours du dernier siècle. Nous souhaitions aller les visiter et on s’y rendit avec deux volontaires qui étaient là pour aider le prêtre de Wukro. Mais devant l’insistance de multiples faux guides pour nous faire payer tout et n’importe quoi, mes compagnons ne virent aucune église de l’intérieur et la visite se résuma à une promenade au milieu des montagnes. Quand ils vinrent me chercher, ils se rendirent compte que j’avais un pneu crevé, le premier du voyage. Je ne l’avais même pas senti ! Ils me changèrent la roue et on repartit. Le lendemain, notre route allait nous mener à notre dernier arrêt touristique en Ethiopie : Lalibela.

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Lalibela, la seconde Jérusalem

On avait souvent entendu parler de la récente légende des enfants éthiopiens qui jettent des pierres sur les voitures de touristes, mais pour l’instant je n’en avais pas encore fait l’expérience… jusqu’à ce qu’on prenne une piste qui allait vers Lalibela. Nous vîmes des enfants attendre au creux d’une pente, là où passait un petit ruisseau. Cela semblait louche de voir des enfants ici. Juste quand je ralenti, Adela et François regardèrent mes rétroviseurs et virent les enfants se baissaient pour ramasser des pierres. Cette fois il n’y avait aucun doute. Lorsqu’on entendit le premier “boum” provenant de ma porte arrière, je m’arrêta, François descendit rapidement et commença à les poursuivre en leur jetant à son tour des cailloux. Cependant les éthiopiens courraient bien trop vite pour lui (étonnant, non ?) et à part attirer l’attention de quelques adultes qui travaillaient dans leur champ à flanc de collines, cette course poursuite ne servit pas à grand chose…

Alors que mes compagnons n’étaient pas très enclin normalement à payer un guide (dû aux mauvaises expériences plusieurs fois vécues), on leur en avait chaudement recommandé un pour la visite des églises de Lalibela. Le fait qu’il soit à la fois guide et prêtre les avait convaincu, et quelques heures plus tard ils savaient qu’ils avaient fait le bon choix ! Ils partagèrent avec lui tout au long de la journée de longs débats sur les différences entre le christianisme à l’européenne et le catholicisme orthodoxe des Ethiopiens. Le guide était parfois surpris de l’intérêt que mes compagnons portaient aux traditions éthiopiennes. Pour prolonger leur conversation après la visite, ils allèrent partagé un pichet de teuj, l’alcool de miel qui est une spécialité de Lalibela et plus largement de toute l’ethnie Amara. Ils ont dû beaucoup apprécié leur guide parce qu’ils m’ont même demandé de vous laisser son numéro de téléphone pour si vous cherchez quelqu’un pour vous accompagner si vous allez là bas : Wondale, e-mail: wondaledemessie@yahoo.com, tel: +251 (0) 910 933 758.

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Noël au bord du Lac

Cela faisait déjà six semaines que nous étions en Ethiopie, et il était temps de se diriger vers le Soudan. Comme Noël était très proche, nous décidâmes de nous arrêter dans un campement géré par des allemands, sur la côte Nord du lac Tana, près de Gondar. Cela nous permit de ne pas fêter seuls notre deuxième Noël de ce long voyage, mais aussi d’utiliser pour la première fois le au-vent qu’ils m’avaient installé avant de partir ! Hehehe, encore une chose qui ne nous a pas servi à grand chose…

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En route pour le Soudan

Bien que les Soudanais aient une réputation de personnes extrêmement chaleureuses, il n’en reste pas moins que la charia est appliquée au Nord Soudan et il est donc formellement interdit de traverser la frontière avec de l’alcool. Or, depuis l’anniversaire d’Adela, nous avions à mon bord une petite bouteille d’Amarula qui attendait toujours d’être terminée. Adela et François se firent un plaisir de s’arrêter à quelques dizaines de kilomètres de la frontière pour boire quelques bouchons chacun. Ils adorent ça, ils ne m’ont rien laissé…

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Alors que nous croyions que la sortie de l’Ethiopie allait être une formalité, ils nous retinrent toute la journée (et même la nuit) car nous n’avions pas fait tamponner mon carnet de passage en entrant dans le pays. La négociation fut difficile au début, mais l’un des douaniers, peut être le seul qui parlait suffisamment bien anglais pour que nous puissions discuter de ce sujet, décidât de nous aider. A la fin de la journée, nous mangions à la table des douaniers et nous passèrent la nuit dans le parking où ils gardent les saisies ! Encore une nuit des plus originales :o)

Ethiopie 2 : Je redémarre !

Post écrit le 14/07/2012 à Madrid, Espagne. Ce post correspond à la période entre le 22/11/2011 et le 8/12/2011.

Tom et Térésa, les deux américains que nous avions rencontrés à Turmi avaient une maison à Arbi Minch. Mes compagnons avait mis tous leurs espoirs dans cette ville. En cas de nouvel échec, ils n’avaient pas d’autre choix que de me transporter jusqu’à la capitale, Addis Abeba… Ils souhaitaient me changer un tout petit joint torique, qui avait l’air usé, de ma vanne à haute pression (du circuit d’injection) et aussi me mettre un préfiltre tout neuf. Tom et François commencèrent par chercher le joint torique. Ils étaient persuadés qu’ils ne pourraient l’acheter neuf dans un magasin. La seule solution était de le trouver sur une voiture à la casse, ou même, pourquoi pas, sur une moto. Tom connaissait un très bon réparateur de motos de petites cylindrées. Il pensait qu’il allait pouvoir nous aider. Quand le mécanicien vit le joint torique, il alla directement chercher un ancien carburateur de mobylette et commença à le démonter. Il en sortit un joint qui correspondait parfaitement à ce que nous cherchions, du premier coup ! Par contre, la recherche du préfiltre fût infructueuse. Heureusement Tom se rappela qu’il en avait peut être un dans une boîte à outils dans sa maison… Effectivement ils en trouvèrent un dans une de ses nombreuses boîtes à outils. La chance revenait-elle de notre côté ?

Ils retournèrent à mon chevet et se lancèrent dans la délicate opération de remontage de la vanne haute pression. Sur mon livre d’instructions, il est clairement écrit que cette opération doit être réalisée par des mécaniciens qualifiés, dans un endroit fermé et exempt de poussière. Et voilà que j’ai deux apprentis mécaniciens, au beau milieu de l’Ethiopie, sous un toit en tôle, qui sont en train de toucher mon circuit à haute pression ! Ouf, ce ne fût pas long, et tout se passa sans accrocs. François changea rapidement mon préfiltre et se précipita sur la clef de contact pour essayer de me démarrer. Tom l’en empêcha !… Tom et Térésa sont très croyants et ils voulaient réciter une prière avant cette nouvelle tentative. François, qui n’est pas du tout croyant, était dubitatif, mais respecta leur volonté. Adela aussi était présente. Une minute plus tard, François tourna la clef de contact, le démarreur fonctionna, mais le moteur ne démarra pas. Mes compagnons n’arrivaient pas à croire que leur malchance “mécanique” les poursuivait toujours ! De leur côté, Tom et Térésa ne comprenaient pas pourquoi leur Dieu leur faisait défaut… Adela insista pour recommencer. Nouvelle prière, nouvel essai, et mon moteur rugit enfin !!! Victoire ! Tout le monde sauta de joie ! Je sentais à nouveau le gasoil fluer dans mes cylindres, et exploser de chaleur !

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Quelques jours à Arba Minch

Maintenant libérés de notre préoccupation, nous pouvions profiter de quelques jours à Arba Minch. Nos amis américains avaient prévu de partir à Addis Abeba quelques jours plus tard pour prendre l’avion vers les Etats Unis. Eux aussi avaient eu récemment des ennuis mécaniques et ils préféraient qu’on les accompagne pour ce long trajet. On n’était pas pressé, on allait les attendre… Etiopia (376)

Tom et Térésa possédaient un bajaj, un tricycle qui est normalement utilisé comme taxi en Ethiopie, mais eux l’utilisait à titre personnel. Le revendeur à Arba Minch propose seulement des bajajs de couleur bleue, car c’est la couleur que les taxis doivent arborer. Ils durent repeindre leur tricycle afin d’avoir un permis de circulation car l’administration ne voulait pas qu’on puisse les confondre avec un taxi. Ils choisirent de le repeindre aux couleurs éthiopiennes, vert-jaune-rouge (qui pourraient être aussi les couleurs africaines tout simplement…). Adela et François adoraient se promener en ville avec cet engin, car ils passaient un peu plus inaperçus qu’avec moi. Bon, en fait un tout petit peu seulement, car pour les Ethiopiens un blanc reste un blanc et même si il roule en bajaj il est forcément richissime, comme tous les blancs qu’ils peuvent voir à la télé ! Lorsqu’ils allaient au marché, ils étaient tout le temps suivi par une dizaine d’enfants qui sans arrêt criaient : “You, you you ! Money, money, money !”, ou les interpellaient à l’aide du désormais mythique “Where are you go ?” (Pour ceux qui pensent que cette faute d’anglais pourrait être une faute de grammaire inopportune, je voudrais juste préciser qu’on pense vraiment que les professeurs leur apprennent cette phrase à l’école en Ethiopie, car seuls les Ethiopiens qui parlent très bien l’anglais ne font pas cette faute !).

En route pour la capitale

Le temps était venu de partir d’Arba Minch. Tom et Térésa voyageaient dans un vieux Toyota Landcruiser de 1975 qui n’était pas forcément très en forme. Et ce jour là il avait une surprise pour eux : ses freins ne fonctionnaient plus ! On s’arrêta plusieurs fois pour essayer de les réparer par nous mêmes, sans succès. Tom et Térésa roulaient sans frein… On choisit de faire une pause à Sodo pour trouver un mécanicien. Après des heures et des heures passées dans un garage, et une nuit à dormir sur le parking d’un hôtel, on repartait enfin vers la capitale, que nous allions atteindre au milieu d’une nuit noire…

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Nos amis américains avaient prévu de dormir les deux nuits qui les séparaient de leur vol vers les Etats Unis dans une mission chrétienne qu’ils connaissaient. Ils nous dirent de nous installer sur le parking le temps que nous souhaitions. Si quelqu’un nous demandait ce que nous faisions ici, mes compagnons devaient seulement répondre qu’ils avaient aidé Tom et Térésa à Turmi… Si nous n’étions resté que les deux journées qui devaient être suffisantes obtenir le visa pour le Soudan, peut être qu’on ne se serait pas senti mal à l’aise. Mais, comme d’habitude avec les ambassades, tout allait se compliquer. Les deux jours se transformèrent en quatre jours. Et même si personne ne s’est jamais approché de nous pour nous demander quoique ce soit, mes compagnons avaient hâte de partir de ce parking !

Il faut quand même que je vous donne un peu plus de détails sur le visa pour le Soudan ! Alors que nous avions tous les papiers habituels prêts pour être joints à la demande de visa, le fonctionnaire soudanais nous demanda une preuve que nous avions un billet d’avion pour sortir de son pays ou un visa pour rentrer dans un pays voisin. On lui précisa qu’on allait en Egypte, où les européens peuvent obtenir aisément le visa à la frontière. Le fonctionnaire insista qu’il lui fallait une lettre officielle soit de l’ambassade d’Egypte ou de notre ambassade pour justifier ce que nous disions. Devant l’impossibilité de négocier, nous partîmes en direction de l’ambassade d’Egypte. Là bas, ils n’avaient aucune intention de nous faire une lettre. Ils nous renvoyaient aux conventions internationales que toutes les administrations connaissaient et qui stipulaient clairement que les Européens pouvaient obtenir leur visa à la frontière. Nous, on en était convaincu, mais hélas ça n’allait pas fonctionner avec le fonctionnaire soudanais. Ils nous proposèrent alors de faire la demande de visa égyptien. Ca pouvait résoudre notre problème, mais le delai d’obtention était de 3 jours (plus deux jours qui correspondaient au week end). Non, on ne voulait pas attendre autant de temps… On se dirigeait alors vers l’ambassade d’Espagne (où “tristement” ou “heureusement” les fonctionnaires sont en général plus enclin à nous aider que dans les ambassades françaises…) en traversant la moitié de la ville… Ils acceptaient de faire une lettre qui certifiait qu’Adela était citoyenne espagnole et François résidant espagnol, et donc indiquait implicitement que nous n’aurions pas de problème à entrer en Egypte. On allait essayer avec ça. A l’ambassade du Soudan, le refus fut rapide et indiscutable, il voulait une lettre plus explicite ! Retour à l’ambassade espagnole, où Adela fit preuve de ses talents de négociatrice pour obtenir une nouvelle lettre… Deux visites plus tard à l’ambassade du Soudan, et après avoir payé 100$ par personne, on avait enfin nos visas pour 15 jours de transit vers l’Egypte…

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Que la visite commence !

Enfin on pouvait quitter Addis Abeba et commencer à faire un peu de tourisme. On avait plus ou moins profité du sud de l’Ethiopie, d’une façon peu commune… On se lançait maintenant dans un grand tour du nord de l’Ethiopie, zone dotée d’une histoire très riche. Quand on arriva à Bahir Dar, on retrouva Tamin, la Sud Africaine que nous devions accompagner dans le nord du Kenya (voir le post Kenya 2 : une autre expérience…)! Elle s’était beaucoup inquiétée pour nous car nous n’avions jamais réussi à lui envoyer un message pour lui dire que nous avions réussi à traverser la zone du lac Turkana. Mes compagnons passèrent un long moment avec elle, devant un bon machiatto éthiopien, pour lui raconter nos trois dernières semaines. Elle repartit ensuite vers le sud avec son gros 4×4 et un anglais en moto…

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Adela et François profitèrent de notre arrêt à Bahir Dar pour essayer de faire réparer mon air conditionné. Ils avaient assez soufferts ces quelques dernières semaines et ils appréhendaient la possible chaleur diurne au Soudan et dans le désert d’Egypte qu’ils comptaient traverser. Finalement on trouva un réparateur de frigo qui nous dit qu’il était capable de me réparer, ainsi que de recharger le gaz de mon air conditionné. On lui laissa sa chance et ils essaya de multiples façons ! Et pendant qu’on attendait que sa colle sèche, ils en profitaient pour prendre l’apéro ! Adela ne pouvait s’empêcher de voir le réparateur comme un sosie du père de François, avec une autre couleur de peau bien sûr. Il avait les mêmes expressions faciales, la même façon de porter ses lunettes… Ils prirent des photos pour les montrer aux parents de François quand ils les reverraient (finalement, ses parents ne virent aucune ressemblance avec le réparateur… et pourtant !).

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Dans le camping où nous dormions, on rencontra Benzi, un Israélien qui voulait aller à Gonder très prochainement, et aussi faire un trekking dans les montagnes du massif de Simien. On lui proposa de nous rejoindre pour faire la route vers la prochaine ville, pour en chemin pouvoir en connaître un peu plus sur ce massif montagneux…

Gonder, la ville africaine aux châteaux forts!

Encore une preuve du peu que l’on apprend dans les écoles en France sur l’histoire du continent africain…  A part ceux qui se sont un peu intéressé à l’Ethiopie, personne ne sait que Gonder est une ville où l’on peut voir des châteaux forts! Au 17e siècle, l’Empereur Fasiladas choisit cette ville pour devenir sa capitale. Il se fit construire un château et aussi des bains. Les Empereurs qui lui succédèrent eurent eux aussi envie d’avoir leur propre château au même endroit. Mes compagnons furent très impressionnés par leur visite, sûrement parce qu’ils n’avaient aucune idée de cette partie de l’histoire éthiopienne. Il y a encore quelques années, au milieu des châteaux il était possible de voir un lion (en cage) qui était le symbole des Empereurs. Maintenant, le lion est installé dans la capitale, sûrement dans un zoo.

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Leur guide leur conta aussi la fête traditionnelle qui est toujours célébrée de nos jours aux bains de Gonder : chaque année au moment de l’Epiphanie, des dizaines de milliers de personnes s’agglutinent autour des bains pour écouter une messe spéciale. A la fin de la messe, le prêtre orthodoxe invite ceux qui le souhaite à plonger dans la piscine pour commémorer le baptême et ils doivent entrer nus dans l’eau. On vit seulement quelques photos de la cérémonie, et ça avait l’air très impressionnant surtout de part la quantité de personnes qui assistent à cette fête religieuse et la précarité des installations entourant les bains…

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Au cours de cette journée de visite, Benzi réussit à convaincre Adela et François de partir en trekking avec lui. Ils pensaient partir 4 jours pour monter un des plus haut sommet du massif de Simien (4430 mètres !). A Gonder, beaucoup de touristes revenaient de ces montagnes très impressionnés par les paysages qu’ils avaient traversés. J’étais aussi d’accord pour prendre quelques jours de repos, et ça allait leur faire du bien de marcher un petit peu ! Le lendemain, on se dirigea vers Debark, la ville où ils allaient arranger tous les papiers pour faire le trek !

Ethiopie 1 : nos nerfs à l’épreuve dans cette zone tribale…

Post écrit le 26 juin 2012 à Madrid, Espagne. Ce post correspond à la période entre le 14/11/2011 et le 22/11/2011.

Alors qu’on avait traversé la frontière avec l’Ethiopie sans même nous en rendre compte, le jeune policier du premier village contrôla seulement que la validité de notre visa et nous envoyait au “grand village” le plus proche, Omorate. Il fallait à nouveau traverser une multitude de rivières sèches de sable. Pour faire refroidir mon moteur et pour qu’Adela et François grignotent un peu, on s’arrêta dans un endroit où il semblait qu’il n’y avait personne. Une dizaine de minutes plus tard, un jeune garçon accompagné d’un vieux monsieur équipé d’un mini-tabouret traditionnel et d’un bâton, attendaient paisiblement à côté de moi. Impossible de savoir ce qu’ils voulaient. Tout ce que leur regard pouvait atteindre était passé au crible minutieusement. François essaya de parler avec eux, mais l’Amaric, la langue locale, n’est pas vraiment une langue intuitive. Il ne fallait pas non plus compter sur nos deux invités pour parler anglais. On comprit au fur et à mesure qu’ils voulaient qu’on les emmène à mon bord à un village plus loin sur la route. Plus qu’une demande, on avait l’impression qu’on n’avait pas trop le choix… Adela monta à l’arrière, notre duo d’invités sur le siège passager,  François conduisit. Alors que mes compagnons essayaient de maintenir un semblant de conversation avec les deux éthiopiens, François eut soudain la mauvaise idée de tendre la main vers le mini-tabouret. La réaction du vieillard fut immédiate, presque violente : il cacha de son mieux le tabouret derrière son corps très maigre et devint totalement indifférent à tout nouvel essai de conversation. On sut plus tard que ce petit objet est ici une sorte de prolongement de la masculinité, que les hommes peuvent posséder seulement à partir de leur puberté, ce qui revient à dire que c’est un objet très personnel…

Etiopia (5)On arriva rapidement dans le village où ils souhaitaient s’arrêter. En très peu de temps, quelques adultes et de nombreux enfants entouraient la voiture. Nos invités descendirent, sans rien dire, sans même fermer la porte derrière eux. Nous pouvions seulement entendre “You, you, you !!!”, le cri auquel nous allions très vite nous habituer ici en Ethiopie. Je crois que le mot fuite est le plus adapté à ce qu’il se passa ensuite. Adela et François réussir tant bien que mal à fermer la porte du passager, alors que je commençais à avancer au milieu de cette foule d’enfants. Nous n’étions plus sur la bonne piste pour rejoindre Omorate, on commença à avancer dans la brousse en utilisant le GPS de trekking. Maintenant nous avions des adolescents qui courraient derrière nous ! Mais que se passait-il dans ce pays ? Finalement ils se fatiguèrent de nous suivre, on réussit à rejoindre la piste, et on arriva deux heures plus tard à Omorate. Ce qu’on nous avait raconté sur l’Ethiopie s’était déjà vérifié…

Entrée “officielle” en Ethiopie sans problème

Au poste d’immigration, l’accueil était exceptionnel. C’est très certainement l’endroit où on nous dit le plus de fois que nous étions les bienvenus. Le fonctionnaire prit le temps de nous expliquer l’heure éthiopienne (quand pour nous il est 6h00 du matin, pour eux c’est en fait le début de la journée : 0h00) et le calendrier (en Ethiopie il y a 13 mois dans l’année, et leur année courante est antérieure de 7 années à la notre). Il ne vérifia même pas la présence dans notre passeport du tampon de sortie du Kenya. Il ne nous expliqua pas nous plus si nous devions faire quelque chose avec mon carnet de passage en douanes… On repartit alors tranquillement vers Turmi, qui allait être notre base pour visiter le sud-ouest de l’Ethiopie, réputé pour ces nombreuses tribus. Peu de kilomètres après Omorate, Adela et François versèrent 40 litres de gasoil depuis les jerrycans… Soudainement une sensation bizarre apparu, comme des gargouillements dans le moteur, une sorte d’indigestion. Mon moteur calait à chaque fois que le conducteur accélérait de façon un peu appuyé. Je ne pouvais même plus dépasser les 20 km/h !!! On s’arrêta sur la route pour changer mon préfiltre de gasoil et mettre un préfiltre déjà usé, mais qui semblait toujours en bon état. Pfff, ça n’allait pas mieux. Ils nous restait moins de 10 kilomètres avant d’arriver à Turmi ; il me fallait prendre de l’élan dans la descente pour monter la côte qui suivait. Quel soulagement quand on arriva enfin à ce mini-village où on pût se garer dans un hôtel très local… Ouf, maintenant on pouvait souffler et attendre tranquillement le lendemain.

Quand tout bascule

Le jour une fois levé, sans se presser, François me gara à l’ombre pour démonter mon préfiltre. Comme il était impossible de trouver de préfiltre dans ce village, ils avaient décidé de faire un essai en lavant un des vieux qu’ils avaient conserver. Pendant que François était en mode “mécanicien”, Adela discutait avec deux guides qui s’étaient approchés de moi et qui étaient intrigués par mon aménagement intérieur… On leur expliquait qu’on avait un petit souci mécanique mais que tout allait s’arranger très vite. Ils nous proposaient de coller un auto-collant sur ma carrosserie pour qu’en contre partie on puisse aller visiter avec eux un village de la tribu Hamer. Ca nous semblait un bon marché, et ils collèrent rapidement leur logo sur mon aile arrière droite… Pendant ce temps-là, François était prêt à tester le préfiltre recyclé. Il essaya de démarrer ; même pas un semblant de départ du moteur. Très étrange… Une nouvelle tentative, mais rien. Tant pis, il décida de remettre le préfiltre que j’avais avant la manipulation. Cependant je ne démarrais toujours pas !!! Cette fois il fallait se rendre à l’évidence, on avait un problème !

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Quelques dizaines de minutes plus tard, Adela et François se sentaient complètement démunis devant mon refus de démarrer. Tout ce qu’ils avaient vérifié indiquait que j’étais en pleine forme. Ils se laissèrent convaincre par quelques guides Ethiopiens qui dormaient eux aussi dans cet hôtel pour qu’ils regardent à leur tour. Après les avoir longuement observés, mes compagnons se demandaient si ces autoproclamés mécaniciens de première ne devaient pas faire preuve eux aussi d’un peu de modestie et admettre qu’ils ne connaissaient rien à mon moteur ! Alors qu’ils se niaient toujours à le reconnaître, Adela et François commencèrent à prendre peur à la vue des tests auxquels ils tentaient de me soumettre, ils les écartèrent de mon moteur et leur interdirent de me toucher. Les guides s’éloignèrent, blessés dans leur fierté…

Que fallait-il faire ? Tout semblait pourtant normal. Un américain arriva par hasard dans notre hôtel. Il s’approcha de nous et nous demanda si nous avions un souci… Oui !… Il s’appelait Tom. Il ne prétendait pas être mécanicien, c’est peut être ce qui nous a décidé de retenter notre chance avec lui. Il était tout simplement plus rationnel que nos précédents prétendants. Pendant deux heures ils testèrent méthodiquement l’injection de gasoil, mais le verdict était sans appel, même si le démarreur faisait le bruit habituel, moi je ne démarrais plus.

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Tom avait un projet dans une mission chrétienne avec sa femme Térésa. Ils souhaitaient pouvoir commencer dans les prochains mois un plan de remise en états de nombreux forages d’eau potable et aussi de formation de plusieurs Ethiopiens pour qu’ils soient capables de réaliser la maintenance sans avoir à attendre d’éventuelles aides d’ONG (vous pouvez voir la page web www.projectetiopiaet.com). Il nous abandonna ce jour en nous redonnant beaucoup d’espoir grâce à son optimisme. Mais quand la nuit tomba, mes compagnons se sentaient à nouveau un peu perdus…

Quelques jours à Turmi

Il fallait appeler notre ami Fernando ! Lui saurait quoi faire ! Comment faire pour appeler en Espagne depuis ce minuscule village ? On essaya d’acheter une carte SIM, mais aucun des 5 mini-magasins fourre-tout n’avait ni de carte SIM, ni de crédits qui nous permettrait au moins d’emprunter le téléphone d’un Ethiopien… En croisant Tom, il nous proposa d’utiliser son téléphone sans nous préoccuper du crédit. Adela et François purent seulement appeler Fernando deux minutes avant que le précieux crédit ne s’achève… Ils expliquèrent très rapidement la situation et Fernando eu juste le temps de leur donner deux nouvelles pistes : la vanne à haute pression qui pouvait être défectueuse ou un injecteur bouché… hum, hum, intéressant ! Il nous manquait les indications suivantes. Toujours impossible de trouver du crédit, ni internet… Bloqués.

Tom nous proposa de me déplacer dans l’enceinte de la mission chrétienne, où il y avait un hangar couvert. On allait être ainsi plus à l’aise pour travailler sur mon moteur. Dès le lendemain nous déménagions.

Et le lendemain, c’était aussi l’anniversaire d’Adela ! On n’était pas vraiment dans le meilleur endroit pour le fêter, mais Tom et Térésa connaissaient un hôtel près du village où mes compagnons les accompagnèrent pour aller dîner et pour souffler une bougie, délicatement posée sur un pancake accompagné de la bière éthiopienne !

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Le jour de la marmotte

On se sentait attrapé dans le temps, comme dans le film “Un jour sans fin”. Chaque matin ils cherchaient un moyen de contacter Fernando pour lui expliquer les tests de la veille, et ils espéraient en retour que Fernando leur donne une solution ou au moins un nouvelle idée. A l’hôtel où on avait séjourné deux nuits, tout le monde les connaissait car ils retournaient y manger chaque jour une injera, l’énorme crêpe traditionnelle éthiopienne accompagnée de viande ou d’œufs ou de légumes. Lors d’un de ces repas, ils rencontrèrent un Italien installé en Ethiopie qui était ingénieur en électronique et spécialiste en réparation de machines en tout genre. Il vint à la mission chrétienne, et après avoir testé mon moteur, lui non plus ne comprenait pas ce qui pouvait clocher. Mes compagnons pensait déjà à un plan B : me mettre sur un camion pour partir dans la ville la plus proche. Il fallait juste trouver un camion, un chauffeur et négocier un prix raisonnable… Ce n’était pas si facile.

Même si ils étaient préoccupés, Adela et François essayaient de profiter de leur arrêt forcé à Turmi. Cette semaine là avait lieu une compétition de course à pied, du 100 mètres au 1500 mètres, qui servait de sélection pour une compétition régionale. Dans cette région où différentes tribus se côtoient, c’est aussi une forme de confrontation pacifique instaurant beaucoup de respect entre ces tribus tant la course à pied est LE sport majeur en Ethiopie. Pour que l’épreuve  soit le plus équitable possible, les athlètes doivent courir sans chaussures. Ils peuvent par contre arborés les décorations propres à leur tribus (coupe de cheveux, peinture corporelle, etc).

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De nombreuses personnes viennent assister à cette compétition, très peu d’entre eux sont des touristes. L’ambiance est plus naturelle. Personne ne vint déranger mes compagnons pour leur vendre quelque chose ou demander de l’argent. Ils n’eurent même pas le droit au traditionnel cri assez lassant des enfants “You, you, you !!!”. Peut être cela été dû au fait qu’ils commençaient à connaître plusieurs personnes dans le village (dont sûrement près de la moitié étaient des enfants). L’événement leur paru très convivial, comme une authentique fête de village.

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Ils allèrent aussi au marché hebdomadaire, où ils eurent la surprise de découvrir que la zone de vente des objets d’artisanat (et majoritairement destinée aux touristes) était entourée d’un grillage. On leur expliqua que c’était pour protéger les touristes du harcèlement dont ils pourraient être l’objet au milieu du marché !!!

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Le groupe de touristes hétéroclite (deux Siciliens, une Turque, et une Sino-Allemande) dont le guide était Vito, l’ingénieur italien qui avait révisé mon moteur, nous proposa de les accompagner à Dimeca, un village situé à quelques 40 kilomètres au nord de Turmi et où devait se dérouler une cérémonie de saut du taureau (Bull Jumping). C’est une sorte d’initiation des jeunes garçons, traditionnellement obligatoire avant de pouvoir se marier. Elle devait être précédée d’une autre cérémonie au cours de laquelle les femmes se laissent fouetter par les membres de leur famille, jusqu’au sang, afin de démontrer leur force…

Il avait plu pendant la nuit et Vito était inquiet de l’état de la piste. Dans cette région, les rivières de sable peuvent rapidement se transformer en torrent et il est alors délicat de les franchir. Tout le monde était prêt pour partir, Adela et François montèrent à l’arrière du pickup-up, et Vito s’élança sur la piste. Seulement quelques kilomètres plus tard, le pickup-up s’embourba dans un lit de sable ! Il fallu attendre de l’aide pour le sortir, mais ils réussirent à repartir. Ce n’était que la première rivière qu’ils devaient franchir et elle était pratiquement sèche ! En traversant les rivières suivantes, ils furent témoins de ce que pouvait provoquer une erreur de conduite sur cette piste. Très tôt dans la matinée, un land cruiser était resté embourbé alors que le niveau de la rivière était en train de monter. Quand ils passèrent, le land cruiser avait toute sa partie avant littéralement ensevelie sous le sable, jusqu’au pare-brise. Puis ils virent un autre 4×4 qui s’était dévié de la trajectoire pour franchir une rivière et dont on ne voyait plus alors que la partie haute de ses vitres… Gloups, pas très hospitalière cette région pour les voitures, heureusement que j’étais bien tranquille dans mon hangar…

Pour assister aux cérémonies, de jeunes adolescents éthiopiens faisaient payer les nombreux touristes une somme aberrante (plus de 15 euros) à travers leurs guides. Après une négociation très rugueuse, et assez longue, mes compagnons réussirent à payer une somme plus raisonnable. Et à leur surprise, ils se rendirent ensuite compte qu’il ne s’agissait en aucun cas, du moins ce jour là, d’une sorte d’entrée qui allait enrichir la collectivité, mais d’un impôt “révolutionnaire” que cette mafia d’adolescents soutirait tranquillement aux touristes. Cela rappelait la situation au Kenya où les touristes viennent avec des packs prépayés incluant un guide, et finalement ils ne savent même pas ce qu’ils sont en train de payer.

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Adela et François furent très déçus par la cérémonie du saut du taureau, car la présence des nombreux touristes qui ne faisaient pas preuve de respect envers le bon déroulement de l’événement et dont le seul intérêt était d’être le mieux placés pour prendre des photos, a totalement gâché le côté spirituel de la cérémonie. J’entends souvent Adela dire qu’il faudrait inventer un diplôme pour touristes afin de les éduquer avant d’aller dans certains endroits. Ici nous en avons eu la triste preuve… Imaginez vous qu’il y avait une dame israélienne avec la figure déformée par la chirurgie esthétique, qui prenait des photos avec un ipad : de nombreux Ethiopiens étaient plus intéressés par cette bizarrerie que par la cérémonie elle-même…

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Pas d’autre choix que d’abandonner…

Après 5 jours à Turmi, c’était décidé, il fallait trouver un moyen pour me transporter jusqu’à Arba Minch, la ville la plus proche. Tom connaissait quelqu’un dans le village qui possédait un Isuzu, un petit camion très répandu en Ethiopie, et qui accepterait peut être de nous aider. Cependant Arba Minch n’était pas une destination habituelle pour ce chauffeur. Il demandait un prix trop élevé pour s’y rendre… Sans que nous le sachions, il y avait en fait plusieurs personnes qui cherchaient un moyen de nous aider. Emmanuel, un des membres de la mission chrétienne de Turmi, nous appela depuis un autre village plus au Nord pour nous dire qu’il avait trouver un camion qui pouvait passer nous prendre quelques jours plus tard et nous emmener à Arba Minch. Le prix était “normal”. On allait enfin pouvoir partir !

Cela faisait déjà sept jours que nous étions à Turmi quand le camion arriva, dans la matinée. Il était chargé à ras bord de ciment, le conducteur passa seulement nous voir pour vérifier que nous étions prêt pour partir quand il reviendrait. Puis il disparut. Plus aucune nouvelle. En milieu d’après midi, mes compagnons commençaient à être nerveux. François partit à la recherche du camion dans le village. Aucune trace du Isuzu. A Turmi, tout le monde savait que nous étions en attente d’un camion pour me transporter à Arba Minch. Un des guides que nous avions côtoyé quand on était à l’hôtel s’approcha de François avec un chauffeur pour lui proposer un autre camion. Mais le prix était le triple de celui que mes compagnons avaient négocié avec le camionneur qui avait disparu. Alors que le guide et le chauffeur affichaient sans se cacher un sourire malicieux, François, un peu fatigué de ce raisonnement “tu es blanc, donc tu payes trois, cinq ou dix fois le prix normal”, s’énerva franchement contre eux et repartit à la mission chrétienne. Il n’y avait plus qu’à espérer que le conducteur du matin réapparaisse… Ouf, il repassa une fois la nuit tombée, pour nous dire d’être prêt dès le lendemain matin.

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L’orage nous réveilla pendant la nuit ! Il pleuvait violemment et cela ne pouvait que compliquer notre voyage du lendemain, voire le repousser, car nous allions emprunter la même piste que nous avions prise deux jours avant pour aller voir les deux cérémonies. La malchance nous poursuivait… Très tôt le matin, nous étions déjà prêt pour partir mais le camion n’apparaissait pas. François alla avec un membre de la mission chrétienne à l’hôtel où séjournait le chauffeur, et le sortirent du lit ! Avec la pluie de la nuit, il savait que cela ne servait à rien de se presser pour partir, François et Adela non…

Quand le Isuzu fût lui aussi réveillé, tout le monde se regarda en se posant la question : “et maintenant, comment on fait pour charger le petit Atlas ?” Le chauffeur avait plein d’idées aussi africaines les unes que les autres… Après avoir essayé de différentes manières, le Isuzu se gara perpendiculairement à la piste et on utilisa le grand dénivelé qui la bordait pour que j’arrive tant bien que mal à monter sur la remorque. Alors qu’il y avait déjà assez de personnes pour s’occuper de moi, près d’une dizaine de personnes se greffèrent au groupe, et leur motivation était proportionnelle à la récompense qu’ils s’imaginaient recevoir ! Et c’est justement ce qui retarda notre départ. Une nouvelle fois ils demandaient à être payés un prix complètement démesuré par rapport au travail qu’ils avaient fait (et on n’avait surtout jamais sollicité leur aide !). Pendant près de deux heures, plusieurs personnes durent faire les médiateurs pour résoudre cette situation. Turmi est l’un des points centraux des circuits touristiques dans la région et donc que les habitants de ce village sont habitués de voir les touristes passer dans de gros 4×4 land cruisers et d’entendre les guides se vanter des salaires qu’ils touchent. Même en leur expliquant qu’on avait rien à voir avec ce genre de touristes, il était difficile de les faire redevenir raisonnables…

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Ces heures perdues nous avaient en fait bien servi, car pendant ce temps les rivières qui s’étaient formées avec la pluie de la nuit avait eu le temps de redescendre considérablement. Je n’étais pas très rassuré de me faire transporter par ce camion qui n’était même pas un quatre roues motrices, mais le chauffeur faisait preuve d’un réel soin pour ne pas me faire faire des bonds dans la remorque. La nuit tombée, il invita mes compagnons à partager son dîner sur le bord de la piste, à la lueur des phares (injera unkulal beu ciga, une crêpe éthiopienne avec des oeufs, de la viande et du piment, le plat préféré de François en Ethiopie à partir de ce moment là !). Après un arrêt de quelques heures pour dormir (Adela et François purent même dormir dans leur lit alors que j’étais sur cette remorque !), on repartit de plus belle pour atteindre Arba Minch où nous attendaient Tom et Térésa…

Kenya 2 : une autre expérience…

Post écrit le 20/06/2012 à Vitoria, Espagne. Ce post correspond à la période du 06/11/2011 au 14/11/2011.

Retour à Nairobi…

Une fois de plus, nous retournions au JJ’s à Nairobi, où nous pensions que nous aurions plus de chance de trouver une solution pour le visa éthiopien. (Rappel : il n’est possible de demander un visa pour l’Ethiopie que dans son pays de résidence…). Nous avions aussi rendez vous avec plusieurs autres voyageurs qui voulaient emprunter la route du Lac Turkana pour rejoindre l’Ethiopie. On nous avait dit précédemment que pour suivre cette piste, il était préférable d’être à plusieurs car elle était assez mauvaise et surtout qu’il était difficile d’y croiser quelqu’un, ce qui veut dire qu’en cas de panne la situation peut vite se compliquer ! Günter et Margot, un couple d’Allemands nous attendaient déjà au JJ’s. Ils vinrent directement à notre rencontre pour connaître nos prévisions de départ… Ils ont dû être un peu déçus quand ils ont compris qu’on n’avait pas prévu grand chose et surtout que nous n’avions pas encore le visa tant convoité. Nous étions aussi en contact par e-mail avec Tamin, une Sud-Africaine qui voyageaient en voiture, accompagnée par deux motos. Ils allaient très prochainement emprunter cette voie. Elle comptait sur nous pour la rejoindre, enfin surtout sur moi pour la sortir de la boue au cas où la piste serait trop mauvaise… En quelque sorte, plusieurs personnes nous attendaient…

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On était arrivé un dimanche dans l’après midi afin de pouvoir commencer lundi matin très tôt avec les formalités administratives. Malheureusement, ce jour avait été déclaré férié dû à la fête de Lahid (fête religieuse musulmane) ! A Nairobi, ils ne pouvaient contacter personne… Mes compagnons appelèrent l’ambassade d’Ethiopie à Paris pour se renseigner à propos de la demande de visa. Les fonctionnaires parlaient très peu le français et plutôt mal l’anglais ! Ils ne comprenaient même pas notre situation. Ils demandaient si ce n’était pas plus facile de faire la demande de visa directement à Nairobi !!! Adela et François insistaient qu’à Nairobi ils n’avaient aucune chance de l’obtenir ! Finalement, les fonctionnaires leur indiquèrent que si ils envoyaient leurs passeports ils pourraient avoir leur visa en 48h… plus le temps de l’envoi des passeports… plus le retour… plus tous les risques que cela implique…

Il avait plu les quelques derniers jours. On reçut des nouvelles d’un couple qui s’était embourbé à l’ouest du Lac Turkana : il leur avait fallu trois jours pour s’en sortir, sans voir personne. Günter et Margot n’étaient plus très sûr de vouloir aller explorer le lac. Apparemment Tamin allait partir dès le lendemain dans cette direction depuis une ville plus à l’ouest… Tout devenait confus, nous n’avions pas de visa et nous étions en train de perdre notre groupe pour traverser cette zone.

La solution B…

Alors que mes compagnons réfléchissaient au meilleur moyen (et surtout le plus rapide) pour transmettre les passeports à l’ambassade à Paris, ils rencontrèrent un autre voyageur qui leur raconta qu’il pouvait leur prêter un tampon qui leur permettrait de devenir résident kenyan et ainsi pouvoir demander le visa pour l’Ethiopie à Nairobi. Il venait de l’utiliser lui même et ça avait fonctionné… C’était tentant, mais aussi risqué parce qu’il fallait aussi rajouter quelques écritures. Cela ne pouvait fonctionner que dans le cas de passer par la région de Turkana car là bas la frontière avec l’Ethiopie n’était pas très moderne. Ils n’allaient pas contrôler les passeports de la même façon que si nous passions par “LA” frontière de Moyale, entrée principale depuis le Kenya vers l’Ethiopie, équipée d’ordinateurs et autres contrôles biométriques modernes.

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Le mardi, la décision était prise, Adela et François allaient devenir résidents kenyans ! Après deux heures à pratiquer sur des feuilles blanches, ils finirent par tamponner leurs passeports, à ajouter le prix du permis de résidence et quelques autres références pour parfaire le tout. Visuellement le résultat était très bon. Dès le lendemain, en allant à l’ambassade, ils allaient vite être fixés sur leur sort. Günter et Margot étaient déjà partis en direction de Moyale, en espérant nous revoir de l’autre côté de la frontière, quelque part en Ethiopie. A plusieurs centaines de kilomètres de Nairobi, Tamin était déjà engagée sur la route allant vers le lac, et nous étions sans nouvelles d’elle. Nous souhaitions pouvoir la rattraper ainsi que les deux motos, mais ils paraissaient déjà très loin…

Les fonctionnaires de Nairobi acceptèrent sans aucun soucis la demande de visa, après avoir vérifié (visuellement) le permis de résidence. Tout semblait fonctionner, ils nous dirent de repasser le lendemain matin pour récupérer les passeports. Yes ! Vite, vite, vite, il fallait faire des réserves de gasoil pour moi et de nourritures pour mes compagnons.

On the road again !

Comme l’avait prédit notre généreux samaritain, nous n’eurent aucun problème pour récupérer les visas le matin suivant. Le jour anniversaire du début de notre voyage (le 10/11/2010 on partait de Vitoria), on quitta Nairobi au milieu d’un trafic frénétique, sur une autoroute en construction, pour contourner ensuite le Mont Kenya, entouré de champs d’un vert éclatant et d’épais nuages. Peu après, le goudron se terminait, nous nous engagions sur les pistes de terres sablonneuses… Nous ressentions à nouveau tous les trois une sensation de liberté que nous n’avions pas expérimentée depuis quelques semaines… Retour au camping sauvage au milieu de la brousse.

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Peu de temps après notre départ le lendemain matin, on se retrouva bloqué sur la piste par un camion dont le chargement s’était malencontreusement échappé ! Pourtant personne ne faisait rien pour remettre les sacs dans le camion. Après avoir parlé 5 minutes avec les occupants du camion, François se rendit compte qu’ils n’étaient vraiment pas pressés, et commença à attraper les sacs pour les retourner à leur place. Les trois kenyans n’en revenaient pas : un “blanc” (dont la définition dans ce pays très touristique est plutôt : “individu peu actif qui se déplace la plupart du temps avec sa caméra et son bob”) était en train de leur faire leur boulot. Ils se joignirent à lui. A titre de comparaison, même les occupants d’un taxi-brousse qui venaient en sens contraire, et qui se trouvait lui aussi bloqué par le camion, ne bougèrent pas d’un centimètre pour aller les aider. Le taxi essaya même de contourner le camion en dehors de la piste et il se retrouva embourbé dans le lit humide de la rivière sablonneuse !

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Tamin, qui avait deux ou trois jours d’avance par rapport à nous, avait enfin envoyé des signes de vie… quelques messages pour nous prévenir de quelques passages qui ressemblaient plus à des piscines de boue qu’à une piste ! Effectivement, on en traversa quelques uns (je retrouvais presque l’ambiance de notre traversée des deux Congos au milieu de la boue !), mais finalement nous ne savions même pas si nous suivions la même route ! Après avoir dépassé le village de Maralal, la piste devint un semblant de route de gravats. Il commença à pleuvoir, notre piste croisait parfois les nuages… Même avec cette visibilité réduite, le paysage était impressionnant. On passa juste à côté d’un point de vue de la vallée du Rift, mais les nuages devenaient de plus en plus épais. Impossible d’apercevoir la vallée. On s’arrêta fatigué ce jour-là, au milieu d’un pluie très fine et du froid qui se mêlait à l’obscurité. La pluie s’intensifia au cours de la nuit. Les pronostics pour le lendemain étaient des plus pessimistes. On savait à présent qu’il était impossible qu’on rattrape Tamin…

Le Lac Turkana

Après le lever du jour, il ne nous fallu pas longtemps pour découvrir les conséquences de cette nuit maudite : piste ravinée dans les zones montantes ou descentes, piscines de boue et de sable, et même une rivière qui s’était formée pendant la nuit. On retrouva mon ami le camion de la veille, qui lui aussi attendait que l’eau descende pour tenter sa chance. Une heure et demi plus tard, nous traversions enfin pour continuer notre route…

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Etrangement, la piste devenait plus sèche au fur et à mesure que nous avancions vers le nord. Nous savions que nous approchions du Lac Turkana, le lac couleur émeraude. Au détour du colline, il apparût enfin, accompagné d’un changement intégral de paysage : alors que nous avions parcouru une cinquantaine de kilomètres dans du sable, tout devenait rocailleux, des pierres volcaniques presqu’aussi affûtées que des couteaux. Aïe ! Mes compagnons qui me faisaient rouler avec les mêmes pneus depuis le début du voyage ne se rendaient même pas compte de ma souffrance tellement ils étaient absorber par la vue du lac ! De temps en temps nous voyions un “igloo” construit à partir de morceaux de bois, de poches plastiques et autres sacs de riz ; ou encore un pécheur qui semblait assis sur un tronc d’arbre à quelques dizaines de mètres de la berge, alors que ce lac est infesté de crocodiles (la légende locale dit que ces crocodiles n’attaquent pas les hommes…) ; ou encore un enfant nu en train de garder quelques chèvres qui cherchaient désespérément un brin d’herbe qui aurait réussi à pousser au milieu de tous des cailloux. De tous les endroits que nous avons traversé au cours de notre périple, je crois que c’est l’endroit le plus inhospitalier, avec le désert du Kalahari au Botswana, où nous avons vu une présence humaine. On arriva à Loiyangalani, la capitale de la tribu Samburu, qui n’est autre qu’un minuscule village construit au milieu d’un zone de sable près du lac.

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La partie où il ne faut pas être seul

Arriver jusqu’ici n’avait pas été simple, mais le pire était à venir. Après ce village, et jusqu’au village de Banya Fort qui était collé à la frontière avec l’Ethiopie, plus de 300 kilomètres plus au Nord, il y avait seulement le parc national très peu visité de Sibiloi. Nous allions affronter le segment incertain de ce voyage vers l’Ethiopie… Pour se réconforter un peu, mes compagnons cherchèrent le poste de police du village pour leur demander l’état de la route vers l’Ethiopie et aussi pour savoir si il avait vu passer un 4×4 et deux motos quelques jours auparavant. Mais les fonctionnaires ne se rappelaient pas avoir croisé de touristes récemment. Ils n’avaient pas non plus la moindre idée de l’état de la piste jusqu’à Banya Fort : ils ajoutèrent que personne ne s’aventuraient sur cette voie, pas même les camions ! (Rappel : en Afrique, les chauffeurs de camions sont considérés comme des demi-dieux de la route qui sont capables de passer dans des endroits où le commun des mortels ne pourrait s’aventurer et qui vous secourront en cas de pannes…). Quel réconfort, non ? J’étais en pleine forme pour affronter ces 300 kilomètres, mais je sentais que le doute s’immisçait dans l’esprit de mes compagnons. Après plus de 55.000 kms au travers de ce continent on allait avoir peur de ces quelques kilomètres qui nous séparaient du pays voisin, COME ON !!! (vous déconnez ou quoi !?!). On s’éloigna du village pour trouver un endroit pour dormir…

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Le grand saut… Après seulement quelques kilomètres, la piste était seulement balisée par des grandes roches au milieu… d’un champ de grandes roches ! Il était difficile d’atteindre les 5 km/h, plusieurs fois le copilote dû marcher devant pour me guider. Puis vint un désert de gravats, où il était difficile de trouver les marques des précédentes voitures. Parfois nous apercevions quelques chameaux avec un pasteur : mais que faisait-il ici ? On croisa aussi une femme qui marchait au bord de la route, sous un soleil de plomb. On essaya de lui faire comprendre qu’on pouvait l’emmener, mais elle ne parlait pas anglais. Elle prit finalement peur de nous et nous fit de grands signes pour que nous partions !

La dernière ligne droite vers l’Ethiopie

Nous arrivions au parc national de Sibiloi, le soit-disant berceau de l’humanité, où les archéologues trouvèrent le corps de Lucy. Les Rangers de l’entrée s’étonnèrent de voir arriver des “touristes” en voiture et non en avion… Ils se rappelaient avoir vu un 4×4 et deux motos trois jours auparavant, nous étions toujours sur les traces de Tamin, elle devait être à présent en Ethiopie. Ils nous indiquèrent que les pistes du parc étaient sèches dans leur majorité, mais que nous devions être vigilants car si nous nous embourbions il pouvait passer plusieurs jours avant que quelqu’un passe par le même endroit.

Après avoir passé la nuit dans le parc, nous repartions vers le nord, sans croiser personne, jusqu’au village de Banya Fort. Adela et François ne savaient pas si ils devaient s’arrêter tamponner leurs passeports dans le minuscule poste de police du village. Ils préfèrent filer directement en direction de l’Ethiopie sans prendre le risque d’avoir un souci avec leur permis de résidence kenyan… Le terrain était maintenant plat et très sablonneux. On pouvait apercevoir des pasteurs au loin. Mes compagnons appréhender un peu leur entrée en Ethiopie car de nombreux voyageurs leur avaient décrit le caractère “intense” des Ethiopiens, leur fâcheuse manie de demander des cadeaux, et surtout le nombre d’enfants présents partout, absolument partout. Nous traversions de nombreux lits de rivières sablonneuses qui, très heureusement pour nous, étaient secs (nous avons appris quelques jours plus tard que si ils avaient été ne serait-ce qu’un tout petit peu humides, il aurait été suicidaire de s’y engager !… oups…). On arriva à un village où un jeune homme nous arrêta et nous dit dans un anglais très hasardeux : “You are in Etiopia, show me your passeports”. Déjà les enfants courraient vers moi…

Et maintenant, le livre !

Post écrit le 19 juin à Vitoria, Espagne. Pour une fois, c’est François qui écrit et non Atlas…

Avec toutes les photos que nous avons prises et les quelques lignes de blog, nous voulions faire un livre pour nous, juste pour avoir un souvenir. Lorsque nous en avons parlé aux personnes autour de nous, plusieurs souhaitaient en avoir un exemplaire ! Alors on a décidé de recompiler les posts des blogs (pas mal améliorés car ça sera un mélange du blog espagnol et du blog français), les photos et des surprises extra comme par exemple quelques dialogues inoubliables, des documents scannés, etc… Entre temps on continuera à publier la suite des aventures sur le blog, au fur et à mesure que nous écrivons les chapitres manquant du voyage !

Ici vous trouvez un avant-goût de quelques présentations de pays dans le livre… La mise en page est encore à améliorer mais l’idée est là !

PreparativosPreparativos2

MarruecosMarruecos2

SenegalSenegal2 

SudAfricaSudAfrica2

EtiopiaEtiopia2

SudanSudan2

Tanzanie 2 : ma cure de jouvence

Post écrit le 14 juin 2012 à Vitoria, Espagne. Ce post correspond à la période du 2/11/2011 au 6/11/2011.

Dès la frontière, Adela et François étaient à nouveau accueillis en Tanzanie avec de grand sourires et beaucoup de rires par les agents de la frontière, spécialement par les douaniers avec qui ils passèrent un peu plus de temps pour remplir mes papiers. Cette facilité pour établir un premier contact est vraiment répandue dans la plupart du continent africain et c’était peut être cela qui nous avait un peu manquée au Kenya ces deux dernières semaines. Peut être que les circonstances étaient aussi différentes, difficile à dire…

On assista à une autre changement en traversant la frontière à ce point de passage : on venait d’une piste qui était dans un état plutôt moyen et après la barrière on voyait un goudron presque parfait. C’est amusant de faire de la piste, mais parfois ça fait aussi du bien d’avoir un peu de confort, et je pense que les oreilles d’Adela et François sont d’accord avec moi !

Retour à Arusha, dans cette ville que l’on connaissait suffisamment pour prendre notre temps et chercher tranquillement un endroit pour dormir. Mes compagnons prévoyaient de m’envoyer plusieurs jours chez M. Kahindi, ils ne devaient donc pas compter sur moi pour leur fournir un lit. Ils trouvèrent facilement un hôtel bon marché et prirent quelques affaires pour s’installer plusieurs jours.

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En arrivant au garage le lendemain matin, on fit une longue liste de toutes les choses qu’il fallait réviser ou directement réparer. Ils allaient me chouchouter pendant plusieurs jours et j’allais avoir droit à un peu de chirurgie esthétique pour remettre à neuf mon aile avant droite ! Deux mécaniciens commencèrent à s’occuper de moi. François mit aussi sa tenue de mécanicien pour se mettre au travail avec eux. Ils se rendirent compte qu’ils devaient démonter tout l’avant de ma carrosserie ! Les choses se compliquaient, surtout parce qu’au fur et à mesure qu’ils me démontaient, ils se rendaient compte que le travail de chirurgie allait s’étendre bien au delà de ma simple aile avant. Il fallu plus d’une demi-journée pour me déshabiller…

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Pendant les deux jours suivant, le carrossier et son apprenti eurent beaucoup de travail. Pendant ce temps là, le mécanicien et François me changeait mon huile de moteur, mon filtre, quelques joints de mon système de transmission, etc. Adela avait préféré rester en ville pour chercher du tissu et faire faire quelques vêtements. Elle avait trouvé une couturière, Erika, qui avait accepté de faire ce travail pendant le peu de jours que nous allions rester à Arusha.

Chaque soir, Adela et François sortaient profiter de la tranquillité d’Arusha et chercher un endroit pour manger. Ils trouvèrent un restaurant de rue qui préparait une très bonne omelette de pommes de terre, à laquelle ils pouvaient ajouter un coulis piquant de tomates ainsi que de la salade de choux et carottes, le tout accompagné d’un chaï, le thé aux épices local. Tout allait bien jusqu’au moment où ils payèrent : avant de commander le prix était de 1500 shillings tanzaniens et c’était à présent 2500… Etrange… Ils demandèrent à nouveau, précisant qu’ils avaient compris 1500 avant de passer commande, mais la dame leur dit que c’était parce qu’elle leur avait donné de la sauce tomate et de la salade. François la crut et accepta de payer. Adela resta assez dubitative devant le  changement de prix et trouva étrange que François abandonne aussi vite. Finalement ce n’était pas si important parce que le prix restait très raisonnable pour manger et ils oublièrent donc cette histoire.

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Le lendemain, ils (surtout François en fait…) ne pensaient qu’à manger à nouveau cette omelette. Ils demandèrent encore le prix. Ce jour là ce n’était pas la typique mama africaine qui cuisinait mais un homme qui nous dit rapidement “1500 shillings”. Tilt ! François lui demanda si ça incluait la sauce tomate et la salade, et le cuisinier confirma. Ils s’étaient fait avoir la veille ! En acceptant leur précédente “défaite” et sans rien dire de plus au cuisinier, il commandèrent un plat. Ils se régalèrent à nouveau ! En sortant, une femme qui aidait la cuisinière la veille était aussi présente : elle leur demanda à nouveau 2500 shillings ! Impossible, ça recommençait ! L’homme cuisinier ne disait plus rien. Adela et François essayaient de capter son regard, sans succès. Ils dirent qu’ils voulaient payer 1500 et non 2500. Ils donnèrent 2000 shillings à la femme présente et attendirent la monnaie. Elle refusait catégoriquement ! Elle cherchait toutes les excuses du monde pour justifier le prix qu’elles voulaient les faire payer. Plusieurs tanzaniens s’approchèrent pour convaincre Adela et François qu’il y avait un malentendu et pour qu’ils acceptent de partir en payant 2000 shillings. Ils acceptèrent finalement et alors qu’ils marchaient dans la rue ils entendaient encore la femme grommelant qu’ils auraient pu la remercier pour la promotion qu’elle leur avait fait…

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Quelques dizaines de mètres plus loin, toujours dans la même rue, Adela et François se regardèrent et s’exclamèrent en même temps : “ce n’est pas possible qu’on ait encore accepté de payer plus cher que le prix normal !”. Ils décidèrent rapidement de vérifier le prix du même plat dans les postes installés dans la même rue. Après que deux cuisinières leur confirmèrent que le prix normal était de 1500 ils décidèrent de retourner au poste où ils avaient manger. Cette fois la mama africaine, qui était la chef, était là. Elle comprit rapidement pourquoi ils revenaient, mais continuait à chercher des excuses. Pas de problème, Adela et François s’assirent devant la marmite d’huile bouillante où cuisaient les pommes de terre. Lorsque le prochain client arriva et commanda, mes compagnons lui indiquèrent qu’il devait d’abord être au courant du nouveau prix de ce soir, 2500 shillings. Le client s’exclama : Tanzania bis (59)b“2500? Mais c’est 1500 d’habitude !”. “Désolé Monsieur, aujourd’hui vous avez des blancs à votre table alors le prix a changé”. Il s’adressa ensuite en Swahili à la cuisinière, surement pour lui demander ce qui se passait. Il commanda tout de même. Adela et François continuèrent à prévenir les clients suivants du changement de prix, ce qui commençait à énerver sérieusement la cuisinière qui finalement accepta que c’était bien parce qu’ils étaient blancs qu’ils ne pouvaient pas payer le même prix. Rien à faire, peut être l’aurait-il accepté si elle leur avait dit dès le début, mais les mensonges duraient depuis la veille. Ils restèrent assis sur leur banc, en suivant la même stratégie que précédemment. Au bout de quelques minutes seulement, la mama accepta sa défaite et leur rendit la monnaie en les invitant à revenir le lendemain. Adela et François ne réclamèrent pas la différence de prix de la veille, et partirent en se promettant de ne plus revenir manger d’omelette dans cet endroit.

Finalement le dernier jour, ils m’ont repeint tout l’avant. Qu’est ce que je me sentais bien après ces trois jours de cure ! Je me sentais comme neuf ! J’étais prêt à affronter la fin de notre périple… Nous reprenions la route vers le Kenya !

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PD : pendant notre séjour à Arusha, mes compagnons ont regardé le film/documentaire “Mugabe et l’africain blanc” et ça leur a beaucoup ouvert les yeux sur la situation des fermiers blancs au Zimbabwe. Rappelez vous que nous avions rencontré au Mozambique une famille de fermiers du Zimbabwe et ils avaient très concis dans le récit de leur expropriation de leurs terres. Maintenant, Adela et François en comprenaient mieux la raison ainsi que les événements qu’ils avaient dû vivre. Un documentaire à voir pour ceux qui veulent mieux comprendre ce qui s’est récemment passé au Zimbabwe… 

Kenya : les parents d’Adela en terre Africaine !

Post écrit le 7 juin 2012 à Vitoria, Espagne. Ce post correspond à la période qui s’étend du 20 Octobre 2011 au 2 Novembre 2011.

Au cours de ces derniers jours, il régnait au Kenya une atmosphère un peu oppressante surtout sur la côte Est et dans la capitale. Les Chababs somaliens avaient récemment enlevé plusieurs étrangers sur l’île de Lamu et près de la frontière avec la Somalie. Le Kenya s’apprêtait à envoyer des troupes sur le territoire somalien et ainsi tenter de les intimider. Cela ressemblait à une entrée en guerre contre son voisin alors que les Chababs ne représentent pas le gouvernement somalien mais seulement une faction rebelle très puissante(mais y-a-t’il vraiment un gouvernement dans ce pays ?). Cela allait être la première fois dans l’histoire du Kenya que son armée allait procéder à une offensive. Ils s’attendaient en retour à des représailles sous forme d’attentats, notamment à Nairobi…

Pour en revenir à notre périple, tout était plutôt calme. La route entre Arusha et Nairobi est un axe assez emprunté et en bonne condition. En traversant le frontière tanzanienne, l’agent de police oublia de mettre le tampon de sortie à François et les agents de police du côté Kenyan n’ont vraiment pas apprécié. Un retour rapide à l’autre frontière permit d’arranger le problème. A part ce petit quiproquo, nous n’avons eu aucun incident pour rejoindre la capitale Kenyane. On arriva juste au moment du coucher de soleil, ce qui entraîna un peu de pression pour trouver un endroit pour dormir. Même si on avait déjà décidé d’aller au camping JJ’s, une des mecques africaines pour les overlanders, ce ne fût pas facile de le trouver. Plusieurs personnes avaient dit à mes compagnons : “Chercher un singe sur un portail”, et cet indice ne se révéla utile que lorsqu’on se trouva effectivement nez à nez avec le portail…

Au camping JJ’s, en attendant les parents d’Adela

Ca faisait un moment qu’il devait pleuvoir ici à Nairobi, car la zone de camping du JJ’s était plus que boueuse ! Ils appellent ça la “petite” saison des pluies, mais, selon les locaux, à cause du changement climatique elle devient complètement imprévisible. Adela et François se sont réfugiés la plupart du temps dans le salon commun qui était à disposition des clients et ils me laissaient dehors au milieu de la boue… J’ai eu le temps d’observer tous ces voitures plus ou moins trafiquées et équipées pour les longs voyages, et dont certaines devaient être là depuis plusieurs années. Je ne sais pas quand vont revenir leur propriétaire, mais j’espère qu’ils prévoient quelques jours de remise en état avant de repartir sur la route !!!

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Les parents d’Adela, José Ramón et Rosa, allaient arriver un jour plus tard. Mes compagnons allaient en profiter pour étudier le problème du visa pour l’Ethiopie : depuis 2010 (plus ou moins, je ne connais pas la date exacte), le visa pour ce pays voisin doit être obtenu dans son pays de résidence et il faut le demander moins de 6 mois à l’avance. Pour des voyageurs comme nous, il est impossible de demander le visa avant de commencer le voyage car le visa serait périmé avant d’arriver dans ce pays. Il faut donc envoyer son passeport et sa demande de visa au cours du voyage et rester bloqué quelque part, le temps que le passeport revienne. Certains voyageurs évitent de plus en plus l’Ethiopie à cause de ce problème administratif… Adela et François essayèrent de trouver des exceptions à cette règle mais la seule solution était de devenir résident Kenyatta… Pfff, ils allaient avoir deux semaines pour y réfléchir, le temps de passer quelques vacances…

José Ramón et Rosa avaient choisi de parcourir une partie du Kenya avec un guide et une camionnette. Compte tenue des prix pour entrer dans les parcs nationaux avec une machine de mes caractéristiques (difficile pour moi d’entrer sans payer!!!), mes compagnons allaient voyager dans leur camionnette pour la première partie des vacances. J’allais encore rester quelques jours au milieu de la boue…

En route vers le parc national du Masai Mara, sans moi…

Après avoir rencontré Charles, le chauffeur et organisateur, et Antonio le traducteur, mes compagnons partirent chercher José Ramón y Rosa à l’aéroport. En passant ensuite me dire au revoir au JJ’s,  Adela en profita pour montrer à ses parents que nous n’étions pas les seuls à voyager autour de l’Afrique : ils purent voir plusieurs personnes en moto, d’autres en camion et même une famille de Sud Africain avec voiture et remorque ainsi que 2 enfants! Ils restèrent assez surpris de cette découverte…

Ils se mirent en route vers le parc national du Masai Mara, sur les terres de la tribu Masai et surtout connu pour la célèbre migration des gnous qui se déplacent chaque année pendant des périodes spécifiques entre ce parc et le parc national du Serengueti, de l’autre côté de la frontière avec la Tanzanie. Les images de cette transhumance sont assez célèbres, car les très nombreux gnous doivent traverser la rivière Mara où les crocodiles les attendent tranquillement pour s’organiser un des meilleurs festins de l’année. Mes compagnons allaient arriver juste à la fin de la période de transhumance vers la Tanzanie mais peut être allaient-ils voir les derniers retardataires tenter leur chance…

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En arrivant au parc, ils furent tous très surpris par la qualité de l’hôtel où les parents d’Adela allaient loger : plutôt moyenne en comparaison avec la description qu’on leur avait précédemment fournie. Mais la plus grande surprise vint des règles mêmes du parc national. Même si Adela et François allaient dormir dans un camping qui étaient situés en dehors du parc, ils devaient obligatoirement payer le parc pour deux jours, comme si ils étaient déjà à l’intérieur ! Cela leur a semblé une arnaque grossière et même la gérante (allemande) du camping leur conseilla de ne pas payer. Du fait que la plupart des touristes viennent avec des tours opérateurs et qu’ils payent un pack dont ils ne connaissent que très peu les détails, ce parc impose des règles complètement stupides. Ils menacent même les guides de leur retirer leur licence en cas de discussion de cette règle, et dû à ce chantage Adela et François n’eurent pas d’autre choix que d’abandonner, pour ne pas mettre Charles et Antonio dans une mauvaise posture. Tout simplement incroyable !

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Une fois à l’intérieur du parc, le nombre d’animaux ainsi que la variété sont  assez impressionnants, mais même si on était dans une période avec peu de touristes, cela ressemblait à un parc d’attractions tellement il y a de camionnettes transportant des touristes ! De plus, les tours opérateurs peuvent payer une licence spéciale aux Masai, ils peuvent ensuite aller où ils veulent sans se préoccuper de rester sur les pistes existantes. On arrive vite à des situations qui ressemblent plus à une visite de zoo qu’à une expérience dans un parc naturel… Quelle désillusion après avoir expérimenté les parcs nationaux de Namibie, Botswana ou Zimbabwe…

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Les gnous étaient présents au bord de la rivière Mara, et les crocodiles étaient aussi là, attendant patiemment que les quadrupèdes tentent leur chance. La taille des groupes de gnous était très impressionnante, et mes compagnons s’imaginaient le spectacle de cette multitude dévalant les pentes abruptes bordant la rivière, la traversant ensuite le plus vite possible, et remontant la pente sur l’autre rive. Cependant, selon notre guide, les retardataires sont en général les plus peureux. Il était peu probable qu’ils essayent de traverser… La camionnette repartit dans le parc, à la recherche de léopards, guépards, lions, des nombreuses antilopes, etc.

Petit détour par le parc national de Nakuru avant de retourner à Nairobi

Le lendemain, la camionnette se dirigeait plus au Nord, vers le lac de Nakuru qui est bordé d’un parc national. Il est célèbre pour ses flamands roses et autres oiseaux en tout genre. La piste principale borde le lac et il est facile de savoir où il y a des animaux “intéressants” à voir, car les attroupements sont faciles à repérer même depuis l’autre côté du lac ! Mes compagnons ont ainsi pu observer de très près, depuis la camionnette garée sous un arbre, deux jeunes lions qui se reposaient sur les branches. Tout le monde espérait qu’un des lions allait se laisser tomber sur le capot d’une des voitures, mais ce ne fût pas le cas…

Une fois sortis du parc, Adela et François remarquèrent les nombreuses serres bordant la route, près de la ville de Naivasha. Antonio leur expliqua que cette ville était très connue pour sa production de fleurs et qu’ils exportaient énormément vers la Hollande, qui revends ensuite partout dans le monde. Encore une jolie preuve des européens qui profitent de la main d’œuvre très peu chère pour faire un bon business.

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Ils étaient tous contents de me revoir en pleine forme au JJ’s le lendemain matin. Ils me préparèrent rapidement. On passa par un centre commercial pour faire quelques courses… puis faire un pique-nique sur le parking ! Le vigile du centre commercial trouva cette pratique assez suspecte et s’approcha pour nous contrôler. Il était assez gêné lorsqu’il nous demanda l’autorisation de regarder dans nos poches plastiques. 

Le parc national d’Amboseli

Cette fois, j’allais pouvoir rentrer dans le parc ! Il paraît que les éléphants dans ce parc ont historiquement été toujours très bien protégés et qu’ils est donc possible de trouver de vieux éléphants avec de très grandes défenses. Avec un peu de chance on allait aussi pouvoir voir le Kilimanjaro ! “Amboseli” signifie “poussière salée” ou “sol salé” en langue Masai. Si vous ajoutez à cela une multitude de petites tornades qui se forment sur cette plaine blanche, vous obtenez un scénario tout à fait particulier pour partir à la recherche des animaux. Le premier jour, quand nous sommes entrés dans le parc en fin d’après midi, nous étions plutôt obnubilés par le volcan et tout le monde scrutait les nuages qui le cachaient afin d’essayer de l’apercevoir. Juste avant la fermeture du parc, on n’arrivait presque à le discerner, mais ce ne fût que de courte durée. Le soir venu, mes compagnons humains mangèrent ensemble dans le lodge où dormaient les parents d’Adela. Alors que Rosa et José Ramón partaient dans leur chambre, nous nous aventurions tous les trois dans l’obscurité aux abords du parc pour trouver un endroit pour dormir. Même si nous étions entourés de lodges, de campings et de l’une des entrées officielles du parc, personne ne vint nous déranger pendant la nuit.

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La journée suivante fût riche en éléphants ! En mode bain dans le lac, ou douche de poussière, ou balade à travers le parc. Effectivement certains d’entre eux avaient des défenses impressionnantes et très blanches. Mais il était toujours impossible de voir le Kilimanjaro, même en fin d’après midi, lorsque théoriquement la probabilité de voir disparaître les nuages augmentent… Le jour suivant nous devions partir très tôt en direction d’un autre parc et la déception commençaient à gagner mes amis. Pour les Kenyattas, cela ne leur semblait pas anormal qu’en un jour et demi dans le parc, nous n’ayons pas pu voir le sommet du volcan. Retour au lodge, à nouveau dîner, et à nouveau petite promenade dans l’obscurité pour revenir plus ou moins au même endroit que la veille pour dormir…

Un peu avant 6 heures du matin, François était réveillé et sortit pour aller aux “toilettes”. Encore pas très réveillé, il revint rapidement vers moi pour se recoucher. Il leva la tête lorsqu’il ouvrit ma porte et se trouva nez à nez avec le Kilimanjaro presque totalement découvert ! “Adela, Adela ! Vite, réveille toi ! On peut voir le Kilimanjaro !” Les nuages recommençaient déjà à être menaçant et ils eurent à peine 10 minutes pour faire quelques photos et profiter de l’instant avant que le volcan ne disparaisse à nouveau. Lorsque l’on retrouva nos compagnons de route, ils ne crurent pas que premièrement on s’était levé à 5h45, et deuxièmement qu’on avait vu le Kilimanjaro. A ce moment là, Adela et François n’avaient même pas envie d’essayer de les convaincre, ils étaient encore euphoriques de cette vision au réveil !

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Le parc national de Tsavo

En se dirigeant vers l’Est, nous devions nous arrêter pour voir des “éléphants rouges” et… des lions mangeur d’hommes ! Au moment de la construction du chemin ferré entre Mombassa et Nairobi, des milliers de travailleurs venant d’Inde travaillèrent durement dans les plaines de ce qui est maintenant le parc national de Tsavo. Nombres d’entre eux furent dévorés lors de ces travaux et les lions prirent goût à la chaire humaine. Pour les éléphants rouges, l’explication est beaucoup plus simple : comme les éléphants aiment bien s’asperger de poussière et que la terre de Tsavo est rouge, ils revêtent très souvent cette couleur inhabituel pour un éléphant.

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Dans ce parc, nous avons surtout retrouvé l’esprit d’aventure que nous avions apprécié dans les parcs au Botswana et Zimbabwe : pour voir des animaux, il faut vraiment être plus attentif, et aussi plus chanceux. Les pistes sont peu nombreuses par rapport à la taille du parc : les animaux ont donc eu beaucoup moins de contact avec les voitures et les touristes ! Les quelques fois que nous avons croisés les éléphants rouges, ils étaient un peu plus sur leur garde qu’au Masai Mara ou qu’à Amboseli, voire très nerveux lorsqu’on vit un groupe avec un nouveau-né ! Et nous avons simplement aperçu un lion, d’assez loin…

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Quelques jours à Mombasa et… un petit accident de la route !

Selon plusieurs guides touristiques (et notamment lonely planet), Mombasa est en quelque sorte une cousine de Zanzibar, notamment de part l’influence de la culture Swahili dans son architecture et sa culture. Alors qu’Adela et François avaient encore en mémoire leur très bonne expérience à Zanzibar, nous arrivâmes à Mombasa avec beaucoup d’envie. Charles et Antonio, qui nous avaient accompagné à travers plusieurs parcs nationaux, nous quittèrent une fois arrivés à l’hôtel prévu pour les parents d’Adela. Je devenais donc le véhicule officiel pour la suite du voyage ! Et par la même occasion, mes conducteurs se transformaient en guides !

Nous avons commencé la visite par le fort de Mombasa, l’emblème touristique de la ville, pour ensuite (essayer de) nous perdre dans les rues de la vieille ville. Quelle déception ! L’architecture est peut être un peu ressemblante à celle de Zanzibar, mais tout le reste est bien différent : l’état de conservation des bâtiments est très mauvais et le vieux Mombasa est très petit en comparaison de sa grande cousine Zanzibar… Heureusement nous avons réussi à trouver un vendeur de cocos et nous nous sommes consolés…

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Nous avons donc un peu ralenti notre activité touristique, et limité nos visites à quelques endroits : le marché (où bien sûr Adela et François ont réussi à se fâcher avec les nombreux intermédiaires qui essayaient tous de leur faire croire qu’ils avaient une boutique), une ferme d’élevage de crocodiles, plusieurs coopératives d’artisanat. Et pendant que les parents d’Adela profitaient de la piscine de leur hôtel, mes compagnons allèrent plusieurs fois au bâtiment des Douanes pour procéder au renouvellement de mon Carnet de Passage en Douanes. Et même après presqu’un an d’expérience à négocier avec des africains, il fallut y aller 5 fois en 3 jours pour obtenir le tampon magique !

Kenya Aita (276)Au cours d’un de nos déplacements, un gentil Land Cruiser est gentiment venu me draguer lors d’un dépassement plutôt osé au milieu d’un énorme bouchon. Pas très délicat ce confrère, parce qu’il s’est tellement approché qu’il a réussi à enfoncer mon aile avant droite… Le conducteur était allemand, vivant au Kenya depuis 20 ans, et il essaya de nous faire croire qu’il ne parlait pas anglais. Malheureusement pour lui, Adela parle aussi allemand ! Afin de s’éviter des problèmes avec la police Kenyatta (Adela et François avaient tout le temps du monde pour résoudre cet accrochage en leur faveur), l’allemand finit par leur payer une jolie somme en liquide.

Avant que le voyage africain des parents d’Adela ne s’achève, ils réussirent à fêter en avance de quelques semaines les 30 ans d’Adela. Dans leur chambre d’hôtel, ils réussirent à préparer du foie gras et du saucisson espagnol (directement venus d’Europe), et un guacamole. Célébration parfaite ! Le lendemain soir, ils repartaient déjà vers l’Espagne… 

Retour vers la Tanzanie !

Le choix était difficile, mais mes compagnons ne connaissaient pas vraiment d’endroits fiables où je pouvais être réparé… En plus de la carrosserie, j’avais toujours quelques autres petites bricoles à réparer. En allant une nouvelle fois à Arusha en Tanzanie, on était sûr que j’allais être bien soigné et que le prix allait être raisonnable. Ca nous faisait aussi plaisir à tous les trois d’aller faire une surprise à ces mécaniciens ! On mis donc le cap au sud, en suivant des chemins beaucoup moins empruntés… Peut être que ces deux semaines “touristiques” nous avaient montré une image déformée de ce qu’est vraiment le Kenya. De toute façon, nous allions devoir repasser avant d’aller en Ethiopie et nous pourrions nous faire une autre idée du pays !

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