Malawi : pas vraiment l’endroit qui nous a porté chance…

Post écrit le 23/02/2012 à Nuweiba, Egypte et le 03/03/2012 au Caire.

Quelques semaines avant qu’on arrive au Malawi, une révélation de Wikileaks avait provoqué une grave crise dans ce petit pays. Apparemment l’Ambassadeur du Royaume Uni avait envoyé un télégramme à Londres précisant qu’il doutait des compétences du Président pour mettre le Malawi dans le bon chemin et qu’il espérait que les prochaines élections présidentielles apporteraient un changement à la tête du pays. Lorsque cette information est apparue sur internet, le Président a demandé des excuses publiques, ce que le Royaume Uni a refusé. Le Malawi a alors renvoyé l’Ambassadeur dans son pays. Cependant, près d’un tiers du budget de ce petit état africain provient d’aide internationale et majoritairement du Royaume Uni. A titre de revanche, David Cameron arrêta de verser son aide au Malawi, et les ennuis commençaient à apparaître : difficultés pour payer les fonctionnaires, manque de dollars pour faire venir du combustible (surtout du diesel), etc. Joli panorama pour aller faire une petite visite !

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Un petit arrêt par Blantyre, la deuxième ville du pays

Très proche de la frontière avec le Mozambique, on s’est arrêté dans le massif de Mulanje. Mes compagnons voulaient essayer de marcher un peu dans la montagne pour quelques jours. Leur fainéantise, ou leur préoccupation pour mon démarreur, je ne sais pas laquelle des deux, a écourté notre arrêt pour se diriger rapidement vers Blantyre, la deuxième ville du Malawi. On s’installa dans le backpackers Doogle’s, ou plus précisément sur le parking… Adela et François était assez surpris de ce que le récent propriétaire de l’endroit leur expliqua à notre arrivée : dorénavant les étrangers venant visiter le Malawi devaient payer les hotels et activités touristiques en dollars ! Hein ?!?!? Le gouvernement avait eu la merveilleuse révélation que si les étrangers venaient avec des dollars pour ensuite les changer dans le pays, alors ils encourageaient le marché noir de devises alors que l’Etat avait besoin de dollars…  Pas très logique comme raisonnement, au moment où la plupart des voyageurs utilisent leur visa… La première visite à un guichet automatique nous révéla une nouvelle donnée du problème : les retraits sont plafonnés à 20.000 Kwachas, soit l’équivalent d’à peine 80 euros. Ce n’est même pas suffisant pour faire le plein de mon réservoir ! Après s’être renseignés sur les cours du dollar et de l’euro au marché noir (10% de plus que la valeur officielle), on a vite pris la décision de ne plus utiliser ni les guichets automatiques, ni les banques… 

Malawi (60)Un peu par hasard, on a réussi à trouver un représentant Iveco à Blantyre et effectivemment ils pouvaient trouver le démarreur dont j’avais besoin. Il fallait le faire venir depuis l’Italie, ce qui doublait sa valeur. Le premier prix qu’ils indiquèrent à François fût 650 euros !!! Et après quelques négociations, le prix final était de 500 euros… Mes compagnons contactèrent alors notre ami mécanicien en Espagne pour lui demander de regarder combien ça coûterait d’acheter le démarreur dans mon pays d’origine. Dans notre malchance, deux éléments allaient nous sauver. Le premier était que Fernando, le mécanicien, est super rapide et efficace à chaque fois qu’on lui demande de nous aider. En une journée, il avait localisé pour nous deux démarreurs qui pouvaient s’adapter à mon moteur, et à des prix plus raissonable (Merci Fernando !). Et le deuxième élément était qu’Adela devait retourner en Espagne une semaine plus tard pour aller faire une suprise à sa mère pour son anniversaire. Elle pouvait donc profiter du voyage pour me ramener un nouveau démarreur !!! Tout semblait réglé, il me fallait juste attendre… Ca faisait déjà plusieurs jours qu’on devait toujours s’arrêter en pente et ainsi, quand on voulait repartir, pouvoir reprendre de l’élan pour démarrer. Parfois ce fut assez simple. Ca devenait en revanche très compliqué dans les stations-service ou lorsqu’on se garait en ville ! Et même si les habitants du Malawi sont connu pour leur aimabilité, il n’était pas toujours facile de les convaincre pour aider François à pousser pendant qu’Adela me dirigeait…

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On avait besoin d’un endroit où on pourrait rester sans bouger. On avait entendu parler de Cap MacClear, au sud du Lac Malawi. Ce n’était pas trop loin de Lilongwé, la capitale, pour qu’Adela puisse prendre son avion quelques jours plus tard. Ca semblait l’endroit idéal. On se mit alors en route…

Long arrêt à Cap McClear

Le voyage ne fût hélas pas si simple. En quatre jours à Blantyre, nous n’avions pas réussi à acheter du diesel. Comment pouvions-nous nous mettre dans ces interminables queues devant les stations-service (et il ne s’agit pas de quelques dizaines de minutes, mais réellement de plusieurs heures…) si nous n’avions même pas la possibilité de redémarrer ? On allait tenter notre chance sur le chemin vers Cap McClear. A chaque station service on s’arrêtait pour démander si ils avaient du diesel, mais l’inexistence d’une file de voitures devant les pompes démontrait à coup sûr le non-approvisionnement en diesel… Alors que la nuit tombait, on vit un camion citerne entrer dans une petite station service où il y avait déjà quelques voitures qui attendait. Cela semblait une situation propice ! On se mit dans la queue, et on commença à attendre que le camion citerne déverse son liquide précieux dans le réservoir de la station… Soudain, deux ambulances et un pick-up de la police arrivèrent, chargés de fûts de 200 litres, vides bien sûr. Ils se placèrent devant tout le monde. La distribution commença, et aussi un gros désordre : beaucoup de gens du village étaient arrivés avec des jerrycans. Il y avait “seulement” cinq voitures qui nous séparaient de la pompe mais il était maintenant évident que nous n’allions pas réussir à nous approcher. François et Adela détachèrent rapidement les jerrycans sur mon toit et essayèrent d’arriver à la pompe. Personne ne voulait leur expliquer ce qu’il se passait, car ils étaient plus occupés à se disputer pour savoir à qui correspondait le tour suivant. A peine cinq minutes plus tard, le pompiste cria qu’il n’y avait plus de diesel et que tout le monde devait partir. Mais personne autour de nous n’avait envie de le croire. Très peu s’en allèrent tout de suite, tout le monde restait vigileant autour de la pompe, avec son jerrycan à la main. On resta plus d’une heure dans cette même situation, la foule diminuant progressivement. Petit à petit, on compris que ce qu’avait dit le pompiste n’était pas tout à fait exact : il y avait toujours du diesel, mais le prix de vente avait à présent changé, et presque doublé (de 1,2 euros à 2 euros le litre). Petit à petit, tout le monde est parti… et on est resté dormir garé à côté de la pompe…

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Avec de moins en moins de diesel, on est arrivé à Cap McClear, un petit village sur la rive sud du Lac Malawi. Beaucoup de petits hotels et campements au bord de l’eau, mais au final très peu de touristes. Tant mieux ! On s’est insallé dans le campement “Fat Monkeys”, et pour une fois on pouvait vraiment dire qu’on n’avait pas l’intention de bouger… Mes compagnons en avaient vraiment marre de devoir me pousser. Ils avaient prévu de ne pas bouger jusqu’à ce qu’Adela ramène le nouveau démarreur depuis l’Espagne, c’est à dire pendant au moins une dizaine de jours. Moi, j’allais pouvoir me reposer, au bord de l’eau… J’observais Adela et François en train de négocier pour acheter du poisson frais et ensuite le nettoyer dans le lac, les vendeurs qui passaient sur la plage, un peu désespérés pour trouver un touriste qui voudrait bien leur acheter quelque chose, et aussi les habitants du village qui se servent du lac comme lavabo pour faire leur vaisselle, de baignoire géante pour prendre leur bain, et pour le reste je préfère ne pas y penser…

Malawi (110)b Adela avait prévu d’aller à la capitale en bus, mais les choses se compliquèrent. Une manifestation était prévue le même jour que son vol et le Malawi n’étant pas un pays où les manifestations sont habituelles, elles peuvent être des événements explosifs. Il était peu probable que les bus aillent dans cette direction ce jour là. On a donc fait appel au personnel de l’hotel pour qu’ils viennent me pousser! Au début ils rigolaient parce qu’ils croyaient que ça allait être facile mais mes compagnons m’avaient garé dans le sable, sans penser que peut être on allait devoir repartir sans démarreur. Il fallu 7 personnes pour me sortir de là!!! Et maintenant on devait affronter un autre petit souci : j’avais assez de gasoil pour aller à Lilongwe, la capitale, mais ça allait être juste pour revenir à Cap McClear… On s’arrêta sur le chemin dans plusieurs stations service, pour voir si ils vendaient du gasoil et surtout à quel prix… On réussit à acheter une première fois 10 litres à un prix raisonnable et ensuite à trouver une station service qui avait du diesel et où il n’y avait pas de queue ! Même les employés de la station service n’en revenaient pas ! On a pu enfin faire le plein de façon “normale”, et avoir un nouveau sursis.

Malawi (169)Une fois Adela partie, François et moi on retourna au campement de Cap McClear… Il n’y avait quasiment personne lorsqu’on arriva. J’ai ressenti que François allait sûrement trouver le temps long jusqu’à ce qu’Adela revienne. Dans l’après midi, une moto entra dans le campement : c’était Darius et Jane, un couple de voyageur qu’on avait déjà rencontré à Abuja (Nigéria). Ils nous reconnurent (presque) tout de suite. Pour fêter ça ils partirent directement à un bar du village. Ne vous imaginez pas un bar conventionnel européen, ici c’est bar à ciel ouvert, dans le jardin de la maison du propriétaire, pas de table et peu de chaises. Et une autre donnée importante: souvent en Afrique, les gens aiment bien boire la bière à température ambiente parce qu’ils pensent (et ils ont peut être raison) que l’alcool fait plus d’effets. Donc il faut toujours préciser qu’on veut les bières fraîches !

Quelques jours plus tard, Darius et Jane repartaient de leur côté et François partait chercher Adela à l’aéroport. Une nouvelle fois 7 personnes ont dû me pousser pour que je puisse me sortir du sable et démarrer :o) Normalement ça devait être la dernière fois…

On retrouva Adela très contente de ses quelques jours en Espagne, avec beaucoup de surprises dans son sac : un démarreur pour moi et aussi quelques bonnes choses à manger !!! Chocolats, jambon espagnol, fromage…

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Pour aller vers la Tanzanie, on devait à nouveau trouver du diesel. On avait entendu parler d’un Sud-Africain qui fabriquait du biodiesel et on lui avait déjà demandé si on pouvait passer acheter un peu de ce precieux nectar… Il nous avait répondu qu’il n’y avait pas de problème. En s’arrêtant là bas, on se rendit compte que son fils avait un atelier de mécanique : c’était le parfait endroit pour me monter mon nouveau démarreur ! François se glissa sous mon moteur et Adela commença à discuter avec le Sud-Africain (quel cliché, non ?)… Il lui raconta comment il avait fabriqué son installation pour faire du bio diesel à partir d’huile de cuisine déjà utilisée par des restaurants en Afrique du Sud et qu’il importait au Malawi. Imaginez vous qu’il y avait la queue devant son atelier non pas pour acheter le bio-diesel mais pour acheter de cette huile “sale”, des mères de familles qui préfèrent acheter cette huile moins chère… Au début ça nous a un peu choqué. Il nous précisa que ça ne lui faisait pas non plus vraiment plaisir, mais qu’il était difficile de refuser à ces familles très pauvres de leur vendre cette huile qui était toujours d’assez bonne qualité. Les femmes s’en servaient ensuite pour faire des beignets dans la rue ou frire du poisson…

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Le nouveau démarreur fonctionnait parfaitement ! On repartit avec 40 litres de biodiesel, on devait avoir à présent assez de carburant pour aller jusqu’à la frontière. En chemin, on s’arrêta dans plusieurs endroits très jolis, comme le Fish Eagle Bay Lodge, le Makuzi beach Lodge ou encore le Lukwé Eco Camp. Ce dernier endroit devrait être un passage obligatoire pour tous les voyageurs qui viennent au Malawi, car c’est un endroit vraiment original, tranquille, et dépaysant (par rapport au nombreux campements au bord du lac, celui-ci est à flanc de montagnes ! et lorsque vous visitez le jardin potager, vous entrez dans une autre planète).

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Quand on est redescendu de la montagne du Lukwé Camp, je ne me sentais pas très bien, comme des aigreurs d’estomac. Je ne sais pas trop, le diesel avait un goût un peu bizarre, brrrr… Je n’arrêtais pas de caler. Heureusement, j’avais mon nouveau démarreur ! C’était une mauvaise piste, peut être que j’avais un petit peu de fièvre. Une fois sur l’asphalte je pensais que ça allait passer… Non, deux heures plus tard ça n’allait vraiment pas mieux, Adela et François commençaient à se préoccuper sérieusement. Je ne dépassais pas les 20 km/h en côte… C’était le bio-diesel !!! Oui c’était ça ! Adela nous avait prévenu que le bio-diesel donnait parfois des surprises, mais je ne l’avais pas cru. Maintenant j’en avais partout dans mes tuyaux. On espérait pouvoir traverser rapidement la frontière avec la Tanzanie et pouvoir faire rapidement le plein avec du bon diesel.

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Quand on arriva à la frontière, on croyait qu’on était sauvé. Mes compagnons partirent vite accomplir les formalités d’usage. Du côté de la Tanzanie, ça ne fût pas si simple parce qu’on devait payer plein de taxes pour moi et ils n’acceptaient que les billets (dollars bien sûr) neufs ou presque ! On avait seulement des dollars qui venaient du Zimbabwé, et déjà très usés. Heureusement on finit par trouver des billets acceptables à leur yeux. François et Adela remontèrent à mon bord et… je ne démarrais plus ! Nouvel essai, nouvel essai, rien… On se laissa descendre vers le parking des camions, ils commencèrent à vérifier mon moteur… François changea un de mes filtres, le résultat était le même. La nuit tombait, on était garé près du poste frontière tanzanien, mais bloqué entre les deux postes frontières, le no-man’s land. Quand ils demandèrent si on pouvait passer la nuit ici, les douaniers et policiers ne comprennaient pas trop la question. Ils nous demandaient si on voulait de la nourriture, ou de l’eau. Non, non, tout va bien, c’est un endroit comme un autre pour passer la nuit ! Encore mieux, c’est un endroit très sûr, ici personne ne va essayer de toucher quoique ce soit de mon chargement ! La nuit allait elle nous porter conseil ?…

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2 réponses à “Malawi : pas vraiment l’endroit qui nous a porté chance…

  1. Salut les amis! Bon alors, vous quand, par ou et comment?

  2. On est toujours en attente du visa pour traverser la Libye. Ils nous l’ont refuser il y a quelques jours et normalement ils ont dit oui ce matin et ils sont en train de nous le faire… Mais ça fait deux heures qu’on attend et ça commence à sentir les problèmes à nouveau :oS on comprend pas tout ce qui se passe.

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