Kenya 2 : une autre expérience…

Post écrit le 20/06/2012 à Vitoria, Espagne. Ce post correspond à la période du 06/11/2011 au 14/11/2011.

Retour à Nairobi…

Une fois de plus, nous retournions au JJ’s à Nairobi, où nous pensions que nous aurions plus de chance de trouver une solution pour le visa éthiopien. (Rappel : il n’est possible de demander un visa pour l’Ethiopie que dans son pays de résidence…). Nous avions aussi rendez vous avec plusieurs autres voyageurs qui voulaient emprunter la route du Lac Turkana pour rejoindre l’Ethiopie. On nous avait dit précédemment que pour suivre cette piste, il était préférable d’être à plusieurs car elle était assez mauvaise et surtout qu’il était difficile d’y croiser quelqu’un, ce qui veut dire qu’en cas de panne la situation peut vite se compliquer ! Günter et Margot, un couple d’Allemands nous attendaient déjà au JJ’s. Ils vinrent directement à notre rencontre pour connaître nos prévisions de départ… Ils ont dû être un peu déçus quand ils ont compris qu’on n’avait pas prévu grand chose et surtout que nous n’avions pas encore le visa tant convoité. Nous étions aussi en contact par e-mail avec Tamin, une Sud-Africaine qui voyageaient en voiture, accompagnée par deux motos. Ils allaient très prochainement emprunter cette voie. Elle comptait sur nous pour la rejoindre, enfin surtout sur moi pour la sortir de la boue au cas où la piste serait trop mauvaise… En quelque sorte, plusieurs personnes nous attendaient…

Kenya bis (15)

On était arrivé un dimanche dans l’après midi afin de pouvoir commencer lundi matin très tôt avec les formalités administratives. Malheureusement, ce jour avait été déclaré férié dû à la fête de Lahid (fête religieuse musulmane) ! A Nairobi, ils ne pouvaient contacter personne… Mes compagnons appelèrent l’ambassade d’Ethiopie à Paris pour se renseigner à propos de la demande de visa. Les fonctionnaires parlaient très peu le français et plutôt mal l’anglais ! Ils ne comprenaient même pas notre situation. Ils demandaient si ce n’était pas plus facile de faire la demande de visa directement à Nairobi !!! Adela et François insistaient qu’à Nairobi ils n’avaient aucune chance de l’obtenir ! Finalement, les fonctionnaires leur indiquèrent que si ils envoyaient leurs passeports ils pourraient avoir leur visa en 48h… plus le temps de l’envoi des passeports… plus le retour… plus tous les risques que cela implique…

Il avait plu les quelques derniers jours. On reçut des nouvelles d’un couple qui s’était embourbé à l’ouest du Lac Turkana : il leur avait fallu trois jours pour s’en sortir, sans voir personne. Günter et Margot n’étaient plus très sûr de vouloir aller explorer le lac. Apparemment Tamin allait partir dès le lendemain dans cette direction depuis une ville plus à l’ouest… Tout devenait confus, nous n’avions pas de visa et nous étions en train de perdre notre groupe pour traverser cette zone.

La solution B…

Alors que mes compagnons réfléchissaient au meilleur moyen (et surtout le plus rapide) pour transmettre les passeports à l’ambassade à Paris, ils rencontrèrent un autre voyageur qui leur raconta qu’il pouvait leur prêter un tampon qui leur permettrait de devenir résident kenyan et ainsi pouvoir demander le visa pour l’Ethiopie à Nairobi. Il venait de l’utiliser lui même et ça avait fonctionné… C’était tentant, mais aussi risqué parce qu’il fallait aussi rajouter quelques écritures. Cela ne pouvait fonctionner que dans le cas de passer par la région de Turkana car là bas la frontière avec l’Ethiopie n’était pas très moderne. Ils n’allaient pas contrôler les passeports de la même façon que si nous passions par “LA” frontière de Moyale, entrée principale depuis le Kenya vers l’Ethiopie, équipée d’ordinateurs et autres contrôles biométriques modernes.

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Le mardi, la décision était prise, Adela et François allaient devenir résidents kenyans ! Après deux heures à pratiquer sur des feuilles blanches, ils finirent par tamponner leurs passeports, à ajouter le prix du permis de résidence et quelques autres références pour parfaire le tout. Visuellement le résultat était très bon. Dès le lendemain, en allant à l’ambassade, ils allaient vite être fixés sur leur sort. Günter et Margot étaient déjà partis en direction de Moyale, en espérant nous revoir de l’autre côté de la frontière, quelque part en Ethiopie. A plusieurs centaines de kilomètres de Nairobi, Tamin était déjà engagée sur la route allant vers le lac, et nous étions sans nouvelles d’elle. Nous souhaitions pouvoir la rattraper ainsi que les deux motos, mais ils paraissaient déjà très loin…

Les fonctionnaires de Nairobi acceptèrent sans aucun soucis la demande de visa, après avoir vérifié (visuellement) le permis de résidence. Tout semblait fonctionner, ils nous dirent de repasser le lendemain matin pour récupérer les passeports. Yes ! Vite, vite, vite, il fallait faire des réserves de gasoil pour moi et de nourritures pour mes compagnons.

On the road again !

Comme l’avait prédit notre généreux samaritain, nous n’eurent aucun problème pour récupérer les visas le matin suivant. Le jour anniversaire du début de notre voyage (le 10/11/2010 on partait de Vitoria), on quitta Nairobi au milieu d’un trafic frénétique, sur une autoroute en construction, pour contourner ensuite le Mont Kenya, entouré de champs d’un vert éclatant et d’épais nuages. Peu après, le goudron se terminait, nous nous engagions sur les pistes de terres sablonneuses… Nous ressentions à nouveau tous les trois une sensation de liberté que nous n’avions pas expérimentée depuis quelques semaines… Retour au camping sauvage au milieu de la brousse.

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Peu de temps après notre départ le lendemain matin, on se retrouva bloqué sur la piste par un camion dont le chargement s’était malencontreusement échappé ! Pourtant personne ne faisait rien pour remettre les sacs dans le camion. Après avoir parlé 5 minutes avec les occupants du camion, François se rendit compte qu’ils n’étaient vraiment pas pressés, et commença à attraper les sacs pour les retourner à leur place. Les trois kenyans n’en revenaient pas : un “blanc” (dont la définition dans ce pays très touristique est plutôt : “individu peu actif qui se déplace la plupart du temps avec sa caméra et son bob”) était en train de leur faire leur boulot. Ils se joignirent à lui. A titre de comparaison, même les occupants d’un taxi-brousse qui venaient en sens contraire, et qui se trouvait lui aussi bloqué par le camion, ne bougèrent pas d’un centimètre pour aller les aider. Le taxi essaya même de contourner le camion en dehors de la piste et il se retrouva embourbé dans le lit humide de la rivière sablonneuse !

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Tamin, qui avait deux ou trois jours d’avance par rapport à nous, avait enfin envoyé des signes de vie… quelques messages pour nous prévenir de quelques passages qui ressemblaient plus à des piscines de boue qu’à une piste ! Effectivement, on en traversa quelques uns (je retrouvais presque l’ambiance de notre traversée des deux Congos au milieu de la boue !), mais finalement nous ne savions même pas si nous suivions la même route ! Après avoir dépassé le village de Maralal, la piste devint un semblant de route de gravats. Il commença à pleuvoir, notre piste croisait parfois les nuages… Même avec cette visibilité réduite, le paysage était impressionnant. On passa juste à côté d’un point de vue de la vallée du Rift, mais les nuages devenaient de plus en plus épais. Impossible d’apercevoir la vallée. On s’arrêta fatigué ce jour-là, au milieu d’un pluie très fine et du froid qui se mêlait à l’obscurité. La pluie s’intensifia au cours de la nuit. Les pronostics pour le lendemain étaient des plus pessimistes. On savait à présent qu’il était impossible qu’on rattrape Tamin…

Le Lac Turkana

Après le lever du jour, il ne nous fallu pas longtemps pour découvrir les conséquences de cette nuit maudite : piste ravinée dans les zones montantes ou descentes, piscines de boue et de sable, et même une rivière qui s’était formée pendant la nuit. On retrouva mon ami le camion de la veille, qui lui aussi attendait que l’eau descende pour tenter sa chance. Une heure et demi plus tard, nous traversions enfin pour continuer notre route…

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Etrangement, la piste devenait plus sèche au fur et à mesure que nous avancions vers le nord. Nous savions que nous approchions du Lac Turkana, le lac couleur émeraude. Au détour du colline, il apparût enfin, accompagné d’un changement intégral de paysage : alors que nous avions parcouru une cinquantaine de kilomètres dans du sable, tout devenait rocailleux, des pierres volcaniques presqu’aussi affûtées que des couteaux. Aïe ! Mes compagnons qui me faisaient rouler avec les mêmes pneus depuis le début du voyage ne se rendaient même pas compte de ma souffrance tellement ils étaient absorber par la vue du lac ! De temps en temps nous voyions un “igloo” construit à partir de morceaux de bois, de poches plastiques et autres sacs de riz ; ou encore un pécheur qui semblait assis sur un tronc d’arbre à quelques dizaines de mètres de la berge, alors que ce lac est infesté de crocodiles (la légende locale dit que ces crocodiles n’attaquent pas les hommes…) ; ou encore un enfant nu en train de garder quelques chèvres qui cherchaient désespérément un brin d’herbe qui aurait réussi à pousser au milieu de tous des cailloux. De tous les endroits que nous avons traversé au cours de notre périple, je crois que c’est l’endroit le plus inhospitalier, avec le désert du Kalahari au Botswana, où nous avons vu une présence humaine. On arriva à Loiyangalani, la capitale de la tribu Samburu, qui n’est autre qu’un minuscule village construit au milieu d’un zone de sable près du lac.

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La partie où il ne faut pas être seul

Arriver jusqu’ici n’avait pas été simple, mais le pire était à venir. Après ce village, et jusqu’au village de Banya Fort qui était collé à la frontière avec l’Ethiopie, plus de 300 kilomètres plus au Nord, il y avait seulement le parc national très peu visité de Sibiloi. Nous allions affronter le segment incertain de ce voyage vers l’Ethiopie… Pour se réconforter un peu, mes compagnons cherchèrent le poste de police du village pour leur demander l’état de la route vers l’Ethiopie et aussi pour savoir si il avait vu passer un 4×4 et deux motos quelques jours auparavant. Mais les fonctionnaires ne se rappelaient pas avoir croisé de touristes récemment. Ils n’avaient pas non plus la moindre idée de l’état de la piste jusqu’à Banya Fort : ils ajoutèrent que personne ne s’aventuraient sur cette voie, pas même les camions ! (Rappel : en Afrique, les chauffeurs de camions sont considérés comme des demi-dieux de la route qui sont capables de passer dans des endroits où le commun des mortels ne pourrait s’aventurer et qui vous secourront en cas de pannes…). Quel réconfort, non ? J’étais en pleine forme pour affronter ces 300 kilomètres, mais je sentais que le doute s’immisçait dans l’esprit de mes compagnons. Après plus de 55.000 kms au travers de ce continent on allait avoir peur de ces quelques kilomètres qui nous séparaient du pays voisin, COME ON !!! (vous déconnez ou quoi !?!). On s’éloigna du village pour trouver un endroit pour dormir…

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Le grand saut… Après seulement quelques kilomètres, la piste était seulement balisée par des grandes roches au milieu… d’un champ de grandes roches ! Il était difficile d’atteindre les 5 km/h, plusieurs fois le copilote dû marcher devant pour me guider. Puis vint un désert de gravats, où il était difficile de trouver les marques des précédentes voitures. Parfois nous apercevions quelques chameaux avec un pasteur : mais que faisait-il ici ? On croisa aussi une femme qui marchait au bord de la route, sous un soleil de plomb. On essaya de lui faire comprendre qu’on pouvait l’emmener, mais elle ne parlait pas anglais. Elle prit finalement peur de nous et nous fit de grands signes pour que nous partions !

La dernière ligne droite vers l’Ethiopie

Nous arrivions au parc national de Sibiloi, le soit-disant berceau de l’humanité, où les archéologues trouvèrent le corps de Lucy. Les Rangers de l’entrée s’étonnèrent de voir arriver des “touristes” en voiture et non en avion… Ils se rappelaient avoir vu un 4×4 et deux motos trois jours auparavant, nous étions toujours sur les traces de Tamin, elle devait être à présent en Ethiopie. Ils nous indiquèrent que les pistes du parc étaient sèches dans leur majorité, mais que nous devions être vigilants car si nous nous embourbions il pouvait passer plusieurs jours avant que quelqu’un passe par le même endroit.

Après avoir passé la nuit dans le parc, nous repartions vers le nord, sans croiser personne, jusqu’au village de Banya Fort. Adela et François ne savaient pas si ils devaient s’arrêter tamponner leurs passeports dans le minuscule poste de police du village. Ils préfèrent filer directement en direction de l’Ethiopie sans prendre le risque d’avoir un souci avec leur permis de résidence kenyan… Le terrain était maintenant plat et très sablonneux. On pouvait apercevoir des pasteurs au loin. Mes compagnons appréhender un peu leur entrée en Ethiopie car de nombreux voyageurs leur avaient décrit le caractère “intense” des Ethiopiens, leur fâcheuse manie de demander des cadeaux, et surtout le nombre d’enfants présents partout, absolument partout. Nous traversions de nombreux lits de rivières sablonneuses qui, très heureusement pour nous, étaient secs (nous avons appris quelques jours plus tard que si ils avaient été ne serait-ce qu’un tout petit peu humides, il aurait été suicidaire de s’y engager !… oups…). On arriva à un village où un jeune homme nous arrêta et nous dit dans un anglais très hasardeux : “You are in Etiopia, show me your passeports”. Déjà les enfants courraient vers moi…

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