Ethiopie 2 : Je redémarre !

Post écrit le 14/07/2012 à Madrid, Espagne. Ce post correspond à la période entre le 22/11/2011 et le 8/12/2011.

Tom et Térésa, les deux américains que nous avions rencontrés à Turmi avaient une maison à Arbi Minch. Mes compagnons avait mis tous leurs espoirs dans cette ville. En cas de nouvel échec, ils n’avaient pas d’autre choix que de me transporter jusqu’à la capitale, Addis Abeba… Ils souhaitaient me changer un tout petit joint torique, qui avait l’air usé, de ma vanne à haute pression (du circuit d’injection) et aussi me mettre un préfiltre tout neuf. Tom et François commencèrent par chercher le joint torique. Ils étaient persuadés qu’ils ne pourraient l’acheter neuf dans un magasin. La seule solution était de le trouver sur une voiture à la casse, ou même, pourquoi pas, sur une moto. Tom connaissait un très bon réparateur de motos de petites cylindrées. Il pensait qu’il allait pouvoir nous aider. Quand le mécanicien vit le joint torique, il alla directement chercher un ancien carburateur de mobylette et commença à le démonter. Il en sortit un joint qui correspondait parfaitement à ce que nous cherchions, du premier coup ! Par contre, la recherche du préfiltre fût infructueuse. Heureusement Tom se rappela qu’il en avait peut être un dans une boîte à outils dans sa maison… Effectivement ils en trouvèrent un dans une de ses nombreuses boîtes à outils. La chance revenait-elle de notre côté ?

Ils retournèrent à mon chevet et se lancèrent dans la délicate opération de remontage de la vanne haute pression. Sur mon livre d’instructions, il est clairement écrit que cette opération doit être réalisée par des mécaniciens qualifiés, dans un endroit fermé et exempt de poussière. Et voilà que j’ai deux apprentis mécaniciens, au beau milieu de l’Ethiopie, sous un toit en tôle, qui sont en train de toucher mon circuit à haute pression ! Ouf, ce ne fût pas long, et tout se passa sans accrocs. François changea rapidement mon préfiltre et se précipita sur la clef de contact pour essayer de me démarrer. Tom l’en empêcha !… Tom et Térésa sont très croyants et ils voulaient réciter une prière avant cette nouvelle tentative. François, qui n’est pas du tout croyant, était dubitatif, mais respecta leur volonté. Adela aussi était présente. Une minute plus tard, François tourna la clef de contact, le démarreur fonctionna, mais le moteur ne démarra pas. Mes compagnons n’arrivaient pas à croire que leur malchance “mécanique” les poursuivait toujours ! De leur côté, Tom et Térésa ne comprenaient pas pourquoi leur Dieu leur faisait défaut… Adela insista pour recommencer. Nouvelle prière, nouvel essai, et mon moteur rugit enfin !!! Victoire ! Tout le monde sauta de joie ! Je sentais à nouveau le gasoil fluer dans mes cylindres, et exploser de chaleur !

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Quelques jours à Arba Minch

Maintenant libérés de notre préoccupation, nous pouvions profiter de quelques jours à Arba Minch. Nos amis américains avaient prévu de partir à Addis Abeba quelques jours plus tard pour prendre l’avion vers les Etats Unis. Eux aussi avaient eu récemment des ennuis mécaniques et ils préféraient qu’on les accompagne pour ce long trajet. On n’était pas pressé, on allait les attendre… Etiopia (376)

Tom et Térésa possédaient un bajaj, un tricycle qui est normalement utilisé comme taxi en Ethiopie, mais eux l’utilisait à titre personnel. Le revendeur à Arba Minch propose seulement des bajajs de couleur bleue, car c’est la couleur que les taxis doivent arborer. Ils durent repeindre leur tricycle afin d’avoir un permis de circulation car l’administration ne voulait pas qu’on puisse les confondre avec un taxi. Ils choisirent de le repeindre aux couleurs éthiopiennes, vert-jaune-rouge (qui pourraient être aussi les couleurs africaines tout simplement…). Adela et François adoraient se promener en ville avec cet engin, car ils passaient un peu plus inaperçus qu’avec moi. Bon, en fait un tout petit peu seulement, car pour les Ethiopiens un blanc reste un blanc et même si il roule en bajaj il est forcément richissime, comme tous les blancs qu’ils peuvent voir à la télé ! Lorsqu’ils allaient au marché, ils étaient tout le temps suivi par une dizaine d’enfants qui sans arrêt criaient : “You, you you ! Money, money, money !”, ou les interpellaient à l’aide du désormais mythique “Where are you go ?” (Pour ceux qui pensent que cette faute d’anglais pourrait être une faute de grammaire inopportune, je voudrais juste préciser qu’on pense vraiment que les professeurs leur apprennent cette phrase à l’école en Ethiopie, car seuls les Ethiopiens qui parlent très bien l’anglais ne font pas cette faute !).

En route pour la capitale

Le temps était venu de partir d’Arba Minch. Tom et Térésa voyageaient dans un vieux Toyota Landcruiser de 1975 qui n’était pas forcément très en forme. Et ce jour là il avait une surprise pour eux : ses freins ne fonctionnaient plus ! On s’arrêta plusieurs fois pour essayer de les réparer par nous mêmes, sans succès. Tom et Térésa roulaient sans frein… On choisit de faire une pause à Sodo pour trouver un mécanicien. Après des heures et des heures passées dans un garage, et une nuit à dormir sur le parking d’un hôtel, on repartait enfin vers la capitale, que nous allions atteindre au milieu d’une nuit noire…

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Nos amis américains avaient prévu de dormir les deux nuits qui les séparaient de leur vol vers les Etats Unis dans une mission chrétienne qu’ils connaissaient. Ils nous dirent de nous installer sur le parking le temps que nous souhaitions. Si quelqu’un nous demandait ce que nous faisions ici, mes compagnons devaient seulement répondre qu’ils avaient aidé Tom et Térésa à Turmi… Si nous n’étions resté que les deux journées qui devaient être suffisantes obtenir le visa pour le Soudan, peut être qu’on ne se serait pas senti mal à l’aise. Mais, comme d’habitude avec les ambassades, tout allait se compliquer. Les deux jours se transformèrent en quatre jours. Et même si personne ne s’est jamais approché de nous pour nous demander quoique ce soit, mes compagnons avaient hâte de partir de ce parking !

Il faut quand même que je vous donne un peu plus de détails sur le visa pour le Soudan ! Alors que nous avions tous les papiers habituels prêts pour être joints à la demande de visa, le fonctionnaire soudanais nous demanda une preuve que nous avions un billet d’avion pour sortir de son pays ou un visa pour rentrer dans un pays voisin. On lui précisa qu’on allait en Egypte, où les européens peuvent obtenir aisément le visa à la frontière. Le fonctionnaire insista qu’il lui fallait une lettre officielle soit de l’ambassade d’Egypte ou de notre ambassade pour justifier ce que nous disions. Devant l’impossibilité de négocier, nous partîmes en direction de l’ambassade d’Egypte. Là bas, ils n’avaient aucune intention de nous faire une lettre. Ils nous renvoyaient aux conventions internationales que toutes les administrations connaissaient et qui stipulaient clairement que les Européens pouvaient obtenir leur visa à la frontière. Nous, on en était convaincu, mais hélas ça n’allait pas fonctionner avec le fonctionnaire soudanais. Ils nous proposèrent alors de faire la demande de visa égyptien. Ca pouvait résoudre notre problème, mais le delai d’obtention était de 3 jours (plus deux jours qui correspondaient au week end). Non, on ne voulait pas attendre autant de temps… On se dirigeait alors vers l’ambassade d’Espagne (où “tristement” ou “heureusement” les fonctionnaires sont en général plus enclin à nous aider que dans les ambassades françaises…) en traversant la moitié de la ville… Ils acceptaient de faire une lettre qui certifiait qu’Adela était citoyenne espagnole et François résidant espagnol, et donc indiquait implicitement que nous n’aurions pas de problème à entrer en Egypte. On allait essayer avec ça. A l’ambassade du Soudan, le refus fut rapide et indiscutable, il voulait une lettre plus explicite ! Retour à l’ambassade espagnole, où Adela fit preuve de ses talents de négociatrice pour obtenir une nouvelle lettre… Deux visites plus tard à l’ambassade du Soudan, et après avoir payé 100$ par personne, on avait enfin nos visas pour 15 jours de transit vers l’Egypte…

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Que la visite commence !

Enfin on pouvait quitter Addis Abeba et commencer à faire un peu de tourisme. On avait plus ou moins profité du sud de l’Ethiopie, d’une façon peu commune… On se lançait maintenant dans un grand tour du nord de l’Ethiopie, zone dotée d’une histoire très riche. Quand on arriva à Bahir Dar, on retrouva Tamin, la Sud Africaine que nous devions accompagner dans le nord du Kenya (voir le post Kenya 2 : une autre expérience…)! Elle s’était beaucoup inquiétée pour nous car nous n’avions jamais réussi à lui envoyer un message pour lui dire que nous avions réussi à traverser la zone du lac Turkana. Mes compagnons passèrent un long moment avec elle, devant un bon machiatto éthiopien, pour lui raconter nos trois dernières semaines. Elle repartit ensuite vers le sud avec son gros 4×4 et un anglais en moto…

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Adela et François profitèrent de notre arrêt à Bahir Dar pour essayer de faire réparer mon air conditionné. Ils avaient assez soufferts ces quelques dernières semaines et ils appréhendaient la possible chaleur diurne au Soudan et dans le désert d’Egypte qu’ils comptaient traverser. Finalement on trouva un réparateur de frigo qui nous dit qu’il était capable de me réparer, ainsi que de recharger le gaz de mon air conditionné. On lui laissa sa chance et ils essaya de multiples façons ! Et pendant qu’on attendait que sa colle sèche, ils en profitaient pour prendre l’apéro ! Adela ne pouvait s’empêcher de voir le réparateur comme un sosie du père de François, avec une autre couleur de peau bien sûr. Il avait les mêmes expressions faciales, la même façon de porter ses lunettes… Ils prirent des photos pour les montrer aux parents de François quand ils les reverraient (finalement, ses parents ne virent aucune ressemblance avec le réparateur… et pourtant !).

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Dans le camping où nous dormions, on rencontra Benzi, un Israélien qui voulait aller à Gonder très prochainement, et aussi faire un trekking dans les montagnes du massif de Simien. On lui proposa de nous rejoindre pour faire la route vers la prochaine ville, pour en chemin pouvoir en connaître un peu plus sur ce massif montagneux…

Gonder, la ville africaine aux châteaux forts!

Encore une preuve du peu que l’on apprend dans les écoles en France sur l’histoire du continent africain…  A part ceux qui se sont un peu intéressé à l’Ethiopie, personne ne sait que Gonder est une ville où l’on peut voir des châteaux forts! Au 17e siècle, l’Empereur Fasiladas choisit cette ville pour devenir sa capitale. Il se fit construire un château et aussi des bains. Les Empereurs qui lui succédèrent eurent eux aussi envie d’avoir leur propre château au même endroit. Mes compagnons furent très impressionnés par leur visite, sûrement parce qu’ils n’avaient aucune idée de cette partie de l’histoire éthiopienne. Il y a encore quelques années, au milieu des châteaux il était possible de voir un lion (en cage) qui était le symbole des Empereurs. Maintenant, le lion est installé dans la capitale, sûrement dans un zoo.

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Leur guide leur conta aussi la fête traditionnelle qui est toujours célébrée de nos jours aux bains de Gonder : chaque année au moment de l’Epiphanie, des dizaines de milliers de personnes s’agglutinent autour des bains pour écouter une messe spéciale. A la fin de la messe, le prêtre orthodoxe invite ceux qui le souhaite à plonger dans la piscine pour commémorer le baptême et ils doivent entrer nus dans l’eau. On vit seulement quelques photos de la cérémonie, et ça avait l’air très impressionnant surtout de part la quantité de personnes qui assistent à cette fête religieuse et la précarité des installations entourant les bains…

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Au cours de cette journée de visite, Benzi réussit à convaincre Adela et François de partir en trekking avec lui. Ils pensaient partir 4 jours pour monter un des plus haut sommet du massif de Simien (4430 mètres !). A Gonder, beaucoup de touristes revenaient de ces montagnes très impressionnés par les paysages qu’ils avaient traversés. J’étais aussi d’accord pour prendre quelques jours de repos, et ça allait leur faire du bien de marcher un petit peu ! Le lendemain, on se dirigea vers Debark, la ville où ils allaient arranger tous les papiers pour faire le trek !

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