Tanzania : dommage qu’on ne puisse pas rester plus longtemps…

Post écrit le 14 mai 2012, à Vitoria (Espagne)

Heuuu, où est ce que j’en étais ? Ah oui !!! La frontière entre le Malawi et la Tanzanie et ma petite “intoxication alimentaire” au biodiesel. Beurk ! Quand on s’est levé, on a vite eu autour de nous plusieurs amis qui voulaient nous aider… Ouais, ouais, le genre d’aide dont on a envie de se passer, parce que ce qu’ils veulent c’est juste profiter de la situation pour soutirer de l’argent, et pas vraiment me faire démarrer à nouveau ! Adela et François avaient un plan : changer mon préfiltre de gasoil et croiser les doigts pour que je démarre. Cependant on n’avait pas vraiment de préfiltre neuf donc ils essayèrent de laver un des vieux qu’on avait gardé… Après une petite demi-heure, première tentative, mais rien du tout. Ils partirent à pied au village collé à la frontière, et m’achetèrent un nouveau préfiltre. Nouveau changement, nouvelle tentative, et à nouveau rien du tout… Il fallait qu’on démarre! Adela insista, une fois, deux fois, et à la troisième je démarrai enfin !!! Un grand sourire revint sur le visage d’Adela et François. Au même moment tous les profiteurs qui nous entouraient depuis deux heures comprirent qu’ils avaient perdu leur temps avec nous… Et pour enfoncer un peu plus le clou, François insista auprès des derniers qui restaient à observer qu’Adela avait trouvé la panne. Vous vous rendez compte, une femme capable de comprendre un moteur ! Impossible pour beaucoup d’africains de se l’imaginer… Ils en sont restés bouche bée. Hehehehe !

Enfin on était de retour sur le goudron !

Sur la route de Dar Es Salam

Même si la Tanzanie regorge de parcs naturels, mes compagnons avaient choisi de n’en visiter aucun. On en avait déjà vu en Namibie, au Botswana et au Zimbabwe, et on avait déjà prévu d’en visiter quelques uns au Kenya avec les parents d’Adela quand ils allaient venir nous voir. De toute façon, je crois que mes compagnons préfèrent passer du temps à découvrir d’autres facettes moins connues du pays. Et pour cela le meilleur moyen est de s’arrêter dans un petit village au bord de la route qui mène à Dar Es Salam et commander pour manger la même chose que tout ceux qui sont déjà assis : sadza (sorte de porridge à partir de farine de maïs) avec un peu de viande et une sauce tomate piquante, un chapati (hybride entre une crêpe et un nam indou), et un thé aux épices. Une seule personne parlait quelques mots d’anglais. Assis sur des bancs de bois, en dessous d’un toit de chaume tenu par quatre piliers précaires, mes amis ont dû vite s’initier au Swahili, langue parlée surtout en Tanzanie, au Kenya, et en Ouganda. Comme d’habitude, je les observais depuis la route, et je dois dire que maintenant je ne moque plus d’eux lorsque je les vois manger avec les mains… c’est devenu naturel…

Près de la ville de Iringa, on s’arrêta pour visiter un site où on peut à la fois voir quelques découvertes qui datent de la préhistorique mais aussi de curieuses formations géologiques ; des piliers de pierre formés par l’érosion. L’endroit s’appelle Isimila, un village de la tribu Héhé. Un arrêt original.

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Dar Es Salam, la ville de tous les dangers

Après avoir entendu tellement de mauvaises choses à propos de cette ville (surtout la très forte probabilité de se faire voler), nous arrivions enfin. Direction le sud de la ville, pour aller dans un camping qu’on avait repéré sur le Lonely Planet. On arriva de nuit, après une journée de route sous la pluie. En allant au bar du camping pour s’enregistrer, Adela et François se retrouvait nez à nez avec Jacques (le brésilien qui nous avait hébergé au Mozambique) et Jorge (l’espagnol avec qui on avait passé cinq jours dans un camping à Victoria Falls). Quelle coïncidence !!! Après de grandes accolades, ils nous présentèrent à Benjamin, un Chilien qui voyageait avec Jorge, et Romina, une Argentine qu’ils avaient rencontrée quelques jours auparavant. On resta quelques jours avec eux, pour profiter de la plage et du calme à l’intérieur du camping. Mais aussi pour écouter de nouvelles histoires de vols juste à côté du camping…

En général, les touristes ne s’arrêtent que très peu à Dar Es Salam et ne passent que pour prendre le ferry en direction de Zanzibar. Adela et François n’aimaient pas trop l’idée de me laisser ici, même au camping. Apparemment il y avait une autre façon pour aller à Zanzibar, et qui était aussi beaucoup moins cher. Il fallait aller jusqu’à Bagamoyo, une ville à quelques 60 kilomètres au nord de Dar Es Salam, et prendre un bateau à voile traditionnel (le dhow). Benjamin et Jorge avaient déjà essayé ce moyen de transport et nous indiquèrent que le plus compliqué était seulement de négocier le prix. En plus Benjamin connaissait un rasta, Jasili, qui vivait à Bagamoyo et qui voudrait bien nous aider. Il était temps de rejoindre cette ville ! Romina voulait elle aussi tenter d’aller à Zanzibar, on lui proposa de se joindre à nous. Elle accepta tout de suite.

En sortant de Dar Es Salam, on s’arrêta à un station service. François sortit pour aller aux toilettes et quand il revint, il trouva Adela et Romina discutant avec un Tanzanien. Quand François entra dans la voiture, le Tanzanien fit le tour pour venir parler avec lui. Une conversation sans aucun but, le regard de ce passant scrutait tout ce qu’il pouvait apercevoir dans la voiture. Cela ne nous a pas beaucoup inquiété, et le passant se retira en saluant. Quelques secondes plus tard on entendait quelqu’un courir en direction de la voiture et un bras entra par la fenêtre du conducteur pour saisir les lunettes de soleil de François qui étaient posées sur le tableau de bord. François lui attrapa le bras et lui bloqua le coude sur le montant de la portière. Notre “cher ami” était maintenant en mauvaise posture, mais il refusait de lâcher les lunettes alors qu’Adela et Romina s’efforçaient de lui faire lâcher prise. François lui tordit un peu plus le bras. Il lâcha enfin les lunettes. A peine François l’avait relâché, qu’un autre passant s’approcha et plaqua le voleur au sol. Il sorti des menottes et nous fit signe de partir. Etait-il de la police ou faisait-il partie de la mise en scène pour que le voleur bredouille ne subisse pas la colère des autres passants dans cette société musulmane où les gens peuvent très vite prendre à leur compte la justice dans les rues ? On ne le saura jamais, le principal était qu’on ne nous avait rien volé.   

Bagamoyo, le port des dhows

En arrivant à Bagamoyo, on retrouve Jasili et son petit frère Williams, qui nous invitérent à nous garer chez eux pour dormir. Avec surprise, on découvrit qu’il s’agissait en fait d’un camping avec des bungalows. Le jeune rasta avait passé les quatre dernières années à construire lui même cette endroit avec une construction principale à deux étages qui peut abriter un restaurant, trois bungalows équipés de plaques solaires, mais aussi une scène pour organiser des concerts ! Hélas, il n’avait pas encore assez d’argent pour payer la licence administrative qui lui permettrait d’ouvrir officiellement cet endroit. Une “simple question de temps” nous disait le rasta !

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Bagamoyo fût anciennement une importante capitale économique grâce à son port et à l’intense commerce avec l’île de Zanzibar. Aujourd’hui, la ville conserve une certaine activité économique grâce aux dhows qui pratiquent toujours le transport de marchandises à bas prix vers et depuis Zanzibar. Elle essaie aussi de renaître de ses cendres grâce aux touristes, tout doucement. Mais, d’une certaine façon, c’est pour cela que cette ville est toujours aussi agréable et reposante, car elle n’a pas encore été défigurée par le tourisme ! 

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Il était temps de se renseigner pour prendre le bateau pour Zanzibar. Mes amis devaient aller au port afin de trouver un capitaine pour les emmener. Le premier qu’ils questionnèrent leur dit qu’il n’y avait aucun problème à part qu’ils devaient parler avec un agent de la douane pour faire un papier. Quel papier ? Aucune précision de la part du capitaine… Et à la douane, il n’y avait personne pour faire ce “papier”. Comme les bateaux ne partaient seulement que dans la nuit (autour de minuit), ils décidèrent de revenir plus tard avec toutes leurs affaires, prêts à partir, dans l’espoir de trouver le douanier plus tard… Cependant le soir même, le douanier n’apparaissait pas, et aucun capitaine ne voulait qu’ils montent sur le bateau sans ce papier. Même Jasili essaya de négocier avec eux, mais ça ne fonctionnait pas. Autour de minuit, ils décidèrent d’abandonner.

Le jour suivant, en début d’après midi, ils trouvèrent enfin le douanier. Celui ci ne compris pas de quel papier ils lui parlaient… Ca commençait à devenir bizarre. Personne ne voulait vraiment résoudre cette situation à part Jasili, Romina, Adela et François. Les excuses commencèrent à pleuvoir : “la mer est mauvaise en ce moment”, “le dhow n’est pas un moyen de transport confortable pour les blancs” (?!?!?), etc. A force d’insister, l’agent de douane devint plus franc avec eux et leur expliqua que le transport en dhow était interdit pour les étrangers car c’est un moyen de transport dangereux et qu’il était donc préférable pour les touristes de prendre le ferry au départ de Dar Es Salam. Juste pour remettre les choses dans leur contexte, je voudrais juste préciser que quelques mois plus tôt un ferry faisant la liaison entre Zanzibar et l’île de Pemba avait coulé entraînant la mort de plusieurs touristes. Donc de ce côté là non plus ça n’avait pas l’air très sûr… Après un long moment de négociation, le douanier admis enfin qu’ils pouvaient monter sur un dhow si ils trouvaient un capitaine qui acceptait de les emmener, tout en précisant qu’il ne voulait rien savoir de plus… Une nouvelle fois au point de départ, il fallait trouver un bateau.

Alors que j’étais toujours sagement garé chez Jasili, ils repartirent pour la cinquième ou la sixième fois au port, avec leurs sacs. Heureusement cette fois-ci tout fût plus facile : le premier capitaine à qui ils demandèrent était d’accord pour les emmener, sans même leur parler d’un quelconque papier… parfait ! Les dhows étaient allongés sur le sable, beaucoup de porteurs faisaient des allers-retours pour charger. Il fallait attendre que la mer monte… Vers 1h du matin, les marins pouvaient enfin hisser les voiles, la traversée commença. La mer était mauvaise, et toutes les 15 minutes l’équipage écopait le fond du bateau pour évacuer l’eau. Les passagers étaient allongées par dessus la charge, prêts à se protéger de la pluie qui menaçait à l’aide d’une énorme bâche plastique. François passa un mauvais moment les deux premières heures de traversée, mais ça s’arrangea par la suite. Soudain arriva la pluie, fine et intense. Les passagers se couvrirent à l’aide de l’énorme bâche, la traversée continuait au milieu d’une mer agitée…

Le lendemain matin aux alentours de 8h il était déjà possible d’apercevoir l’île de Zanzibar. Le vent se calma, le dhow avançait à présent très lentement. Il fallut 3 heures de plus pour arriver dans le port de Stone Town. Romina, Adela et François étaient épuisés ! Ils devaient retrouver Faysal, un ami de Romina qui vit à Zanzibar, qui allait les héberger. Une longue sieste les attendait…

Zanzibar, incroyable !

L’ambiance sur l’île était totalement différente de ce qu’ils avaient pu voir en Tanzanie, un mélange entre ambiances arabe et indienne. En déambulant dans les vieilles rues de la vieille ville, on pourrait se croire au milieu d’une ancienne ville arabe, notamment avec ses nombreuses portes en bois ciselé, ses murs blancs… Même si ils ne m’ont rien dit, Adela et François ont dû être contents de ne pas avoir à se préoccuper de moi pendant ces quelques jours.

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Et pour leur plus grand bonheur, la nourriture à Zanzibar est aussi bien plus variée que sur le continent grâce aux nombreux épices qui sont cultivés ici même. Alors qu’ils étaient partis explorer la partie Est de l’île (le village de Jambiani), Adela, Romina et François ont pu par exemple se régaler avec un plat de riz aux épices tout simple, mais tellement bon ! Avec en toile de fond le turquoise de l’océan indien, le blanc du sable de Zanzibar, et les femmes cultivant des algues sur la plage pour se faire payer seulement 20 centimes le kilo d’algues sèches… Sacrés chinois, ils sont encore pires que les anciens colons…

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Après quatre jours à Zanzibar, il était déjà temps de repartir vers le continent, sauf pour Romina qui allait rester quelques jours de plus… Adela et François s’engouffrèrent dans le port de Stone Town aux alentours de midi en espérant trouver rapidement un bateau pour les transporter. En 15 minutes, tout semblait prêt : bateau repéré, prix négocié, passeports tamponnés (Zanzibar étant une communauté autonome, ils continuent à tamponner les passeports…) ! Mais un policier sur le quai freina leur enthousiasme ; il réclamait à nouveau un papier ! Et quelques secondes plus tard, il changeait d’avis pour nous dire que de toute façon le transport en dhaw était interdit pour les étrangers. Aïe, ça se présentait mal. Une négociation serrée suivit. Le policier accepta finalement à condition qu’ils fassent une décharge disant qu’ils assumaient la responsabilité du transport en dhaw, le tout tamponné par la douane. François fit les papiers et un membre de l’équipage du bateau dû venir pour indiquer le numéro d’identification du bateau ainsi que le nom du capitaine. Cette fois tout était prêt ! François et Adela commencèrent à passer de bateau en bateau pour rejoindre le capitaine qui les attendait, prêt à partir. Soudainement, ils entendirent un cri du policier : “Ey!!! vous avez déjà dépassé le bateau sur lequel vous deviez monter !”. Ils comprirent vite que le membre d’équipage avait donné un faux numéro et un faux nom de capitaine. Ils leur faisait de grands signes depuis le bateau pour qu’ils viennent le plus vite possible, le bateau était déjà en mouvement. Le policier, lui, continuait de crier. Adela et François se précipitèrent vers le bateau où ils furent accueillis très chaleureusement. La traversée du retour commençait. Elle fut beaucoup plus rapide et calme qu’à l’aller, une jolie promenade…

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Une fois de retour à Bagamoyo, où les bateaux accostent sur la plage, il n’existe que deux façons de descendre : l’une consiste à attendre à ce que la marée descende et que le bateau se couche sur le flanc, et l’autre à sauter à l’eau sans attendre pour rejoindre la rive ! Heureusement, il y a aussi quelques grands gaillards qui peuvent venir vous porter… Adela choisit cette option…

 

Arusha, dernier arrêt, chez le meilleur mécanicien Land Rover de toute l’Afrique!

Sur la route menant au Kenya, nous allions nous arrêter à Arusha, ville dynamique du nord de la Tanzanie. Avant de débuter notre voyage, deux amis Almudena et Román (http://buba-seina.blogspot.com) nous avaient donner le nom d’un mécanicien spécialiste de Land Rover qui vivait ici. Et moi, j’avais besoin d’une bonne révision. Ce ne fût pas facile de trouver ce garage, même les personnes qui vivaient dans le même quartier ne le connaissaient pas… Finalement, on réussit à trouver. Et heureusement qu’on n’avait pas abandonné car sans ces mécaniciens je ne sais pas où je serais aujourd’hui ! Même le vendeur de pièces détachées Land Rover de la ville est un crack : il connaissait les Santana Anibal, et pas seulement à quoi je ressemble mais aussi toutes les pièces dont je suis composé ! Après une journée et demi de soins, dans cet endroit qui sentait bon l’huile de moteur, entouré de tous ces cousins qui viennent aussi ici en cure, je me sentais tellement mieux :o) J’aurais aimé pouvoir rester plus longtemps mais les parents d’Adela allaient arriver dans quelques jours à Nairobi et on devait déjà partir. Adela et François étaient très reconnaissants et aussi un peu tristes de devoir déjà partir… 

 

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Malawi : pas vraiment l’endroit qui nous a porté chance…

Post écrit le 23/02/2012 à Nuweiba, Egypte et le 03/03/2012 au Caire.

Quelques semaines avant qu’on arrive au Malawi, une révélation de Wikileaks avait provoqué une grave crise dans ce petit pays. Apparemment l’Ambassadeur du Royaume Uni avait envoyé un télégramme à Londres précisant qu’il doutait des compétences du Président pour mettre le Malawi dans le bon chemin et qu’il espérait que les prochaines élections présidentielles apporteraient un changement à la tête du pays. Lorsque cette information est apparue sur internet, le Président a demandé des excuses publiques, ce que le Royaume Uni a refusé. Le Malawi a alors renvoyé l’Ambassadeur dans son pays. Cependant, près d’un tiers du budget de ce petit état africain provient d’aide internationale et majoritairement du Royaume Uni. A titre de revanche, David Cameron arrêta de verser son aide au Malawi, et les ennuis commençaient à apparaître : difficultés pour payer les fonctionnaires, manque de dollars pour faire venir du combustible (surtout du diesel), etc. Joli panorama pour aller faire une petite visite !

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Un petit arrêt par Blantyre, la deuxième ville du pays

Très proche de la frontière avec le Mozambique, on s’est arrêté dans le massif de Mulanje. Mes compagnons voulaient essayer de marcher un peu dans la montagne pour quelques jours. Leur fainéantise, ou leur préoccupation pour mon démarreur, je ne sais pas laquelle des deux, a écourté notre arrêt pour se diriger rapidement vers Blantyre, la deuxième ville du Malawi. On s’installa dans le backpackers Doogle’s, ou plus précisément sur le parking… Adela et François était assez surpris de ce que le récent propriétaire de l’endroit leur expliqua à notre arrivée : dorénavant les étrangers venant visiter le Malawi devaient payer les hotels et activités touristiques en dollars ! Hein ?!?!? Le gouvernement avait eu la merveilleuse révélation que si les étrangers venaient avec des dollars pour ensuite les changer dans le pays, alors ils encourageaient le marché noir de devises alors que l’Etat avait besoin de dollars…  Pas très logique comme raisonnement, au moment où la plupart des voyageurs utilisent leur visa… La première visite à un guichet automatique nous révéla une nouvelle donnée du problème : les retraits sont plafonnés à 20.000 Kwachas, soit l’équivalent d’à peine 80 euros. Ce n’est même pas suffisant pour faire le plein de mon réservoir ! Après s’être renseignés sur les cours du dollar et de l’euro au marché noir (10% de plus que la valeur officielle), on a vite pris la décision de ne plus utiliser ni les guichets automatiques, ni les banques… 

Malawi (60)Un peu par hasard, on a réussi à trouver un représentant Iveco à Blantyre et effectivemment ils pouvaient trouver le démarreur dont j’avais besoin. Il fallait le faire venir depuis l’Italie, ce qui doublait sa valeur. Le premier prix qu’ils indiquèrent à François fût 650 euros !!! Et après quelques négociations, le prix final était de 500 euros… Mes compagnons contactèrent alors notre ami mécanicien en Espagne pour lui demander de regarder combien ça coûterait d’acheter le démarreur dans mon pays d’origine. Dans notre malchance, deux éléments allaient nous sauver. Le premier était que Fernando, le mécanicien, est super rapide et efficace à chaque fois qu’on lui demande de nous aider. En une journée, il avait localisé pour nous deux démarreurs qui pouvaient s’adapter à mon moteur, et à des prix plus raissonable (Merci Fernando !). Et le deuxième élément était qu’Adela devait retourner en Espagne une semaine plus tard pour aller faire une suprise à sa mère pour son anniversaire. Elle pouvait donc profiter du voyage pour me ramener un nouveau démarreur !!! Tout semblait réglé, il me fallait juste attendre… Ca faisait déjà plusieurs jours qu’on devait toujours s’arrêter en pente et ainsi, quand on voulait repartir, pouvoir reprendre de l’élan pour démarrer. Parfois ce fut assez simple. Ca devenait en revanche très compliqué dans les stations-service ou lorsqu’on se garait en ville ! Et même si les habitants du Malawi sont connu pour leur aimabilité, il n’était pas toujours facile de les convaincre pour aider François à pousser pendant qu’Adela me dirigeait…

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On avait besoin d’un endroit où on pourrait rester sans bouger. On avait entendu parler de Cap MacClear, au sud du Lac Malawi. Ce n’était pas trop loin de Lilongwé, la capitale, pour qu’Adela puisse prendre son avion quelques jours plus tard. Ca semblait l’endroit idéal. On se mit alors en route…

Long arrêt à Cap McClear

Le voyage ne fût hélas pas si simple. En quatre jours à Blantyre, nous n’avions pas réussi à acheter du diesel. Comment pouvions-nous nous mettre dans ces interminables queues devant les stations-service (et il ne s’agit pas de quelques dizaines de minutes, mais réellement de plusieurs heures…) si nous n’avions même pas la possibilité de redémarrer ? On allait tenter notre chance sur le chemin vers Cap McClear. A chaque station service on s’arrêtait pour démander si ils avaient du diesel, mais l’inexistence d’une file de voitures devant les pompes démontrait à coup sûr le non-approvisionnement en diesel… Alors que la nuit tombait, on vit un camion citerne entrer dans une petite station service où il y avait déjà quelques voitures qui attendait. Cela semblait une situation propice ! On se mit dans la queue, et on commença à attendre que le camion citerne déverse son liquide précieux dans le réservoir de la station… Soudain, deux ambulances et un pick-up de la police arrivèrent, chargés de fûts de 200 litres, vides bien sûr. Ils se placèrent devant tout le monde. La distribution commença, et aussi un gros désordre : beaucoup de gens du village étaient arrivés avec des jerrycans. Il y avait “seulement” cinq voitures qui nous séparaient de la pompe mais il était maintenant évident que nous n’allions pas réussir à nous approcher. François et Adela détachèrent rapidement les jerrycans sur mon toit et essayèrent d’arriver à la pompe. Personne ne voulait leur expliquer ce qu’il se passait, car ils étaient plus occupés à se disputer pour savoir à qui correspondait le tour suivant. A peine cinq minutes plus tard, le pompiste cria qu’il n’y avait plus de diesel et que tout le monde devait partir. Mais personne autour de nous n’avait envie de le croire. Très peu s’en allèrent tout de suite, tout le monde restait vigileant autour de la pompe, avec son jerrycan à la main. On resta plus d’une heure dans cette même situation, la foule diminuant progressivement. Petit à petit, on compris que ce qu’avait dit le pompiste n’était pas tout à fait exact : il y avait toujours du diesel, mais le prix de vente avait à présent changé, et presque doublé (de 1,2 euros à 2 euros le litre). Petit à petit, tout le monde est parti… et on est resté dormir garé à côté de la pompe…

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Avec de moins en moins de diesel, on est arrivé à Cap McClear, un petit village sur la rive sud du Lac Malawi. Beaucoup de petits hotels et campements au bord de l’eau, mais au final très peu de touristes. Tant mieux ! On s’est insallé dans le campement “Fat Monkeys”, et pour une fois on pouvait vraiment dire qu’on n’avait pas l’intention de bouger… Mes compagnons en avaient vraiment marre de devoir me pousser. Ils avaient prévu de ne pas bouger jusqu’à ce qu’Adela ramène le nouveau démarreur depuis l’Espagne, c’est à dire pendant au moins une dizaine de jours. Moi, j’allais pouvoir me reposer, au bord de l’eau… J’observais Adela et François en train de négocier pour acheter du poisson frais et ensuite le nettoyer dans le lac, les vendeurs qui passaient sur la plage, un peu désespérés pour trouver un touriste qui voudrait bien leur acheter quelque chose, et aussi les habitants du village qui se servent du lac comme lavabo pour faire leur vaisselle, de baignoire géante pour prendre leur bain, et pour le reste je préfère ne pas y penser…

Malawi (110)b Adela avait prévu d’aller à la capitale en bus, mais les choses se compliquèrent. Une manifestation était prévue le même jour que son vol et le Malawi n’étant pas un pays où les manifestations sont habituelles, elles peuvent être des événements explosifs. Il était peu probable que les bus aillent dans cette direction ce jour là. On a donc fait appel au personnel de l’hotel pour qu’ils viennent me pousser! Au début ils rigolaient parce qu’ils croyaient que ça allait être facile mais mes compagnons m’avaient garé dans le sable, sans penser que peut être on allait devoir repartir sans démarreur. Il fallu 7 personnes pour me sortir de là!!! Et maintenant on devait affronter un autre petit souci : j’avais assez de gasoil pour aller à Lilongwe, la capitale, mais ça allait être juste pour revenir à Cap McClear… On s’arrêta sur le chemin dans plusieurs stations service, pour voir si ils vendaient du gasoil et surtout à quel prix… On réussit à acheter une première fois 10 litres à un prix raisonnable et ensuite à trouver une station service qui avait du diesel et où il n’y avait pas de queue ! Même les employés de la station service n’en revenaient pas ! On a pu enfin faire le plein de façon “normale”, et avoir un nouveau sursis.

Malawi (169)Une fois Adela partie, François et moi on retourna au campement de Cap McClear… Il n’y avait quasiment personne lorsqu’on arriva. J’ai ressenti que François allait sûrement trouver le temps long jusqu’à ce qu’Adela revienne. Dans l’après midi, une moto entra dans le campement : c’était Darius et Jane, un couple de voyageur qu’on avait déjà rencontré à Abuja (Nigéria). Ils nous reconnurent (presque) tout de suite. Pour fêter ça ils partirent directement à un bar du village. Ne vous imaginez pas un bar conventionnel européen, ici c’est bar à ciel ouvert, dans le jardin de la maison du propriétaire, pas de table et peu de chaises. Et une autre donnée importante: souvent en Afrique, les gens aiment bien boire la bière à température ambiente parce qu’ils pensent (et ils ont peut être raison) que l’alcool fait plus d’effets. Donc il faut toujours préciser qu’on veut les bières fraîches !

Quelques jours plus tard, Darius et Jane repartaient de leur côté et François partait chercher Adela à l’aéroport. Une nouvelle fois 7 personnes ont dû me pousser pour que je puisse me sortir du sable et démarrer :o) Normalement ça devait être la dernière fois…

On retrouva Adela très contente de ses quelques jours en Espagne, avec beaucoup de surprises dans son sac : un démarreur pour moi et aussi quelques bonnes choses à manger !!! Chocolats, jambon espagnol, fromage…

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Pour aller vers la Tanzanie, on devait à nouveau trouver du diesel. On avait entendu parler d’un Sud-Africain qui fabriquait du biodiesel et on lui avait déjà demandé si on pouvait passer acheter un peu de ce precieux nectar… Il nous avait répondu qu’il n’y avait pas de problème. En s’arrêtant là bas, on se rendit compte que son fils avait un atelier de mécanique : c’était le parfait endroit pour me monter mon nouveau démarreur ! François se glissa sous mon moteur et Adela commença à discuter avec le Sud-Africain (quel cliché, non ?)… Il lui raconta comment il avait fabriqué son installation pour faire du bio diesel à partir d’huile de cuisine déjà utilisée par des restaurants en Afrique du Sud et qu’il importait au Malawi. Imaginez vous qu’il y avait la queue devant son atelier non pas pour acheter le bio-diesel mais pour acheter de cette huile “sale”, des mères de familles qui préfèrent acheter cette huile moins chère… Au début ça nous a un peu choqué. Il nous précisa que ça ne lui faisait pas non plus vraiment plaisir, mais qu’il était difficile de refuser à ces familles très pauvres de leur vendre cette huile qui était toujours d’assez bonne qualité. Les femmes s’en servaient ensuite pour faire des beignets dans la rue ou frire du poisson…

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Le nouveau démarreur fonctionnait parfaitement ! On repartit avec 40 litres de biodiesel, on devait avoir à présent assez de carburant pour aller jusqu’à la frontière. En chemin, on s’arrêta dans plusieurs endroits très jolis, comme le Fish Eagle Bay Lodge, le Makuzi beach Lodge ou encore le Lukwé Eco Camp. Ce dernier endroit devrait être un passage obligatoire pour tous les voyageurs qui viennent au Malawi, car c’est un endroit vraiment original, tranquille, et dépaysant (par rapport au nombreux campements au bord du lac, celui-ci est à flanc de montagnes ! et lorsque vous visitez le jardin potager, vous entrez dans une autre planète).

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Quand on est redescendu de la montagne du Lukwé Camp, je ne me sentais pas très bien, comme des aigreurs d’estomac. Je ne sais pas trop, le diesel avait un goût un peu bizarre, brrrr… Je n’arrêtais pas de caler. Heureusement, j’avais mon nouveau démarreur ! C’était une mauvaise piste, peut être que j’avais un petit peu de fièvre. Une fois sur l’asphalte je pensais que ça allait passer… Non, deux heures plus tard ça n’allait vraiment pas mieux, Adela et François commençaient à se préoccuper sérieusement. Je ne dépassais pas les 20 km/h en côte… C’était le bio-diesel !!! Oui c’était ça ! Adela nous avait prévenu que le bio-diesel donnait parfois des surprises, mais je ne l’avais pas cru. Maintenant j’en avais partout dans mes tuyaux. On espérait pouvoir traverser rapidement la frontière avec la Tanzanie et pouvoir faire rapidement le plein avec du bon diesel.

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Quand on arriva à la frontière, on croyait qu’on était sauvé. Mes compagnons partirent vite accomplir les formalités d’usage. Du côté de la Tanzanie, ça ne fût pas si simple parce qu’on devait payer plein de taxes pour moi et ils n’acceptaient que les billets (dollars bien sûr) neufs ou presque ! On avait seulement des dollars qui venaient du Zimbabwé, et déjà très usés. Heureusement on finit par trouver des billets acceptables à leur yeux. François et Adela remontèrent à mon bord et… je ne démarrais plus ! Nouvel essai, nouvel essai, rien… On se laissa descendre vers le parking des camions, ils commencèrent à vérifier mon moteur… François changea un de mes filtres, le résultat était le même. La nuit tombait, on était garé près du poste frontière tanzanien, mais bloqué entre les deux postes frontières, le no-man’s land. Quand ils demandèrent si on pouvait passer la nuit ici, les douaniers et policiers ne comprennaient pas trop la question. Ils nous demandaient si on voulait de la nourriture, ou de l’eau. Non, non, tout va bien, c’est un endroit comme un autre pour passer la nuit ! Encore mieux, c’est un endroit très sûr, ici personne ne va essayer de toucher quoique ce soit de mon chargement ! La nuit allait elle nous porter conseil ?…

Mozambique : un peu de relax !

Post écrit depuis longtemps déjà (le 18/12/2011 à Wukro, Ethiopie et le 07/01/2012 à Dongola, Soudan du Nord) mais publié seulement maintenant…

Après la Namibie, l’Afrique du Sud et le Swaziland, l’arrivée au Mozambique nous renvoit directement dans une autre dimension… On voulait absolument arriver à Maputo dès le premier soir. Il faisait déjà noir quand on entra dans la ville et le traffic plutôt chaotique nous réservait un accueil très divertissant !

Maputo

On se dirigea directement vers un hotel pour backpackers qui s’appelle “Fatima”, apparemment le seul des 3 backpackers de Maputo qui accepte des campeurs. Quelle déception ! L’endroit n’est vraiment pas propre, le prix est presque le même (et assez cher) pour dormir dans un dortoir ou pour faire du camping… Et moi j’étais simplement garé sur un mini parking. Ca ne paraît pas très logique, non ? Dès le lendemain après la douche (la goutte qui a fait déborder le vase), on était d’accord qu’on n’allait pas passer une nuit de plus dans cet endroit !

Maputo a encore quelques jolis vieux bâtiments, mais il ne reste que peu de choses en bon état depuis le départ précipité des portugais. Et pour animer un peu notre visite de la ville, on a eu le droit au classique contrôle de police où les agents essayent de te faire payer pour une infraction que tu n’as pas commise :

– “Vous avez tourné à gauche dans un endroit où c’est interdit.” dit l’agent de police (traduit du portugais…)

– “Monsieur l’agent, j’arrive de la rue en face, je n’ai pas tourné à gauche”  (dit François au policier en espagnol)

– “Peu importe, vous avez commis une infraction, vous devez payer une amende de 60 euros” (plus tard on saura que l’amende la plus importante au Mozambique est de 7 euros…)

– “Monsieur l’agent, je ne comprends pas très bien mon infraction… Peut on aller au commissariat pour qu’on puisse en parler tranquillement ?”

– “Non, vous payez d’abord et après vous pouvez aller au commissariat si vous voulez”

– etc…

Et ce fut ensuite le jeu innocent de l’étranger qui ne comprend pas très bien ce qui lui arrive… Au bout d’un certain temps ça fonctionne toujours assez bien (surtout quand on insiste que l’on paiera rien sans aller au comissariat)! Le policier continuait toujours, puis il appela un de ses collègues pour nous faire croire que c’était le chef, et comme ultime essai, le policier nous demanda de l’argent pour se payer un soda (le nom de code ici pour un petit backchich). Oui, oui, bien sûr, il venait d’essayer de nous “voler” 60 euros et on allait lui faire un petit cadeau ??? Non, rien de rien, pas d’argent pour les policiers corrompus !

Mozambique (1)

On a ensuite retrouvé à Maputo un couple d’amis de la soeur d’Adela qui travaillent ici : Gisela et Bryan. Ils ont pu nous montrer quelques aspects de Maputo qui sont un peu moins touristiques, comme par exemple un bar appelé “Nucleo de Arte” avec de la musique live le dimanche soir, ou un orphelinat dans le nord de Maputo où les enfants ont la vie vraiment dure…

Xai-Xai

Qui dit Mozambique, dit plages ! Au programme, nous souhaitions longer la côte le plus possible avant de se dévier vers le Malawi. Notre premier arrêt fût Xai-Xai et ses plages désertes. Adela et François m’ont même laissé aller sur la plage, seulement quelques mètres parce que c’est interdit, mais qu’est ce que je me sentais bien ! Et ils ont eu le droit à un repas avec vue sur la mer. Tout était tranquille jusqu’à ce que deux personnes arrivent en nous disant que là où j’étais garé c’était aussi interdit et que la police arrivait et que l’amende est de 200 euros ! Adela et François ont vite tout rangé pour me faire remonter la côte et repartir sur la piste de sable qui suit la plage. François et les deux autres personnes poussaient pour eviter que je reste bloqué au milieu de la montée. Une fois sur la piste, nos deux “nouveaux amis” n’oublièrent pas de nous demander une récompense. On les a remercié pour leur aide qui semblait au début complètement desintéressé sans leur donner de récompense… et on a sûrement bien fait parce que ils nous avaient menti: la police n’est jamais apparue ! Mozambique (26)La nuit venue, on voulait envoyer un message SPOT, c’est à dire via l’appareil GPS qu’Adela et François ont pris pour le voyage, leur permettant chaque jour d’envoyer un message standard disant que tout va bien ainsi que les coordonnées GPS d’où nous nous trouvons. Mais l’appareil n’était pas là ! Impossible de le trouver… Etait-il tombé lorsqu’on remontait de la plage ? Etait-il maintenant enfoui dans le sable ? Ou nos deux précédents amis nous avaient fait une très mauvaise farce ? Le jour suivant on chercha encore partout dans le sable, rien… On essaya de demander aux gens qui passaient sur cette piste si quelqu’un avait entendu parler d’un appareil orange qui aurait été retrouvé près d’ici, mais personne ne savait rien. On croisa alors deux Sud-Africains, on leur demanda. L’un était le propriétaire d’un lodge qui donne sur la plage. Apparemment si quelqu’un avait trouvé quelque chose, l’un de ses employés devait être au courant. Sans trop d’espoir, on demanda au premier qu’on croisa. Le garçon tout surpris nous dit qu’il connaissait celui qui l’avait trouvé ! Il partit le chercher. Apparaît alors l’un de nos “amis” de la veille, lui aussi assez surpris de nous revoir. Bien sûr qu’il avait trouvé l’appareil, il avait dû tomber pendant qu’ils nous avaient pressés pour me sortir de la plage! Mais il avait sûrement dû oublier de nous le dire parce qu’il était trop occupé à nous réclamer une récompense… Mais Adela et François ne voulaient pas faire d’histoire, ils étaient juste contents de retrouver le SPOT. 

Mozambique (13)

 

Tofu

Après un endroit aussi tranquille, on n’était pas sûr qu’on voulait aller à Tofu, une destination très célèbre et touristique du Mozambique. En s’éloignant un tout petit peu de ce village, on espérait trouver un endroit moins fréquenté et tout aussi joli. Par exemple Barra, un tout petit plus au nord… On voulait y aller en longeant la plage, en suivant les pistes de sable. Notre première surprise fut qu’il est impossible de voir la plage car une imposante dune de sable la protège. Cette fois je suis resté modeste : je n’ai même pas essayé de monter… Mozambique (79)L’autre surprise est que tous les enfants que l’on croisait n’arrêtaient pas de nous demander des stylos ou de l’argent, puis ils tentaient de s’agripper à ma roue de secours sur ma porte arrière. Plusieurs fois j’ai dû faire des acrobaties sur le sable pour m’échapper ! On s’est finalement perdu, impossible de trouver la bonne piste pour aller au village de Barra. Demi tour, à la recherche d’un endroit pour dormir. On s’arrêta dans un tout petit village pour demander si on pouvait s’arrêter au bord de la piste pour dormir. Il y avait seulement deux hommes, bien imbibés d’alcool, et à notre grande surprise ils nous répondirent que NON ! Catégorique, non négociable. Ils voulaient nous envoyer dans les hôtels chers au bord de la plage… Mozambique (84)b Impossible de leur expliquer que ce n’était pas ce qu’on cherchait. On repartit. Alors qu’il faisait déjà nuit noire, au bout d’une piste, on trouva un lodge en construction. On demanda au gardien si on pouvait dormir sur le semblant de parking devant le portail. Il appela son chef, il y avait encore quelque chose qui clochait… Comme le lodge n’était pas encore ouvert, ils ne pouvaient pas héberger de gens sous peine d’amende, et apparemment la police est très active dans le coin pour surveiller ce genre de chose. On voulait seulement se garer et dormir, sans géner personne. Adela et François voulaient faire un feu pour faire cuire la grande poche de crevettes qu’ils avaient achetée dans l’après midi et moi j’allais enfin pouvoir faire refroidir mon moteur qui avait beaucoup chauffé avec tout ce sable. Ils décidèrent de nous cacher à l’arrière du chantier. Mais le lendemain matin, un nouvel appel du chef, plutôt matinal, nous invitait à sortir immédiatemment du chantier et mit fin au petit déjeuner… On partit en direction de Tofinho pour passer une journée agréable au bord de la plage, dont le point culminant fût à nouveau le repas avec une vue imprenable sur l’eau translucide. Impossible de relâcher son sourire !

Poméné

Le prochain arrêt était l’impressionante péninsule de sable (et parc national au passage) de Poméné. Selon plusieurs expatriés qu’on avait croisé à Maputo, c’était leur endroit préféré. En effet, ses plages et sa tranquilité vous donnent envie d’y rester un bon moment. On voulait seulement y passer la journée, mais on a vite changé d’avis…Mozambique (226)b En fin d’après midi, on faisait le tour du village pour chercher du poisson à faire griller. Il n’y avait pas beaucoup de poisson ce jour là, voire pas du tout… Ne m’en demandez pas plus, j’y connais rien en pêche. Mes compagnons virent au loin plusieurs pêcheurs sur des cailloux et essayèrent à nouveau de voir si ils avaient du poisson à vendre. Mais ils n’avaient pas de poissons… Mozambique (122)

C’était un groupe de Zimbabwéens qui venaient passer les vacances à Poméné où ils ont une maison pour toute la famille. Ils nous invitèrent rapidement à aller manger avec eux et passer la nuit sur leur terrain. L’invitation d’une nuit se transforma en une seconde nuit, puis une troisième. Farniente sur la plage, fête d’anniversaire, supers repas (Adela et François leur ont aussi fait goûter la paella et la tortilla de pommes de terre !), mes compagnons en ont bien profité. Après la visite du Zimbabwé où on avait énormément apprécié la gentillesse et la simplicité (dans le bon sens du terme !) de ses habitants, une nouvelle fois ils nous donnaient une leçon d’hospitalité. On a eu dû mal à partir…

Mozambique (131)

Vilankulos

Un voyageur espagnol qu’on avait croisé au Zimbabwé nous avait parlé de la maison de Jacques à Vilankulos, un brésilien qui participe à la communauté Couchsurfing. Le principe est simple : un réseau par internet de gens qui offrent ou recherchent un logement gratuit parmi les membres de cette communauté. Un système de commentaires et de références permet d’établir un certain niveau de confiance entre les membres. Dans le cas de Jacques, il n’y a aucune question à se poser : il avait déjà hébergé tellement de gens qui parlaient positivement de lui qu’un arrêt chez lui était pour nous obligatoire !

Mozambique (269)

Mozambique (411)Sa maison donnait directement sur la mer, avec vue sur l’archipel de Bazaruto, le plus célèbre parc national du Mozambique et autres îles adjacentes “réservés” aux gens les plus fortunés. Ici encore, la vie va à un autre rythme… Adela et François en ont profité pour me soigner quelques petits bobos, visiter quelques îles et… ne rien faire ! Huit jours plus tard (et oui, l’arrêt s’est un peu allongé ici encore), on repartait vers le nord, avec un nouveau passager à mon bord : Jacques ! Il avait décidé qu’il avait fini son temps au Mozambique et qu’il souhaitait partir voyager vers la Tanzanie puis direction l’Europe. On allait l’approcher autant que l’on pouvait, jusqu’à ce qu’on se dévit vers le Malawi.

Quand on partit de Vilankulos, je ressentais comme des démangeaisons lorsque mon moteur démarrait. Etrange. Pas très agréable. Bah, j’avais la sensation que ça allait passer…

Démarreur et sortie du pays

La route devenait moins amusante (car en mauvaise état, l’asphalte avec des trous ça fait mal !), on voyait moins la mer. C’était presque une petite déprime. En contrepartie, Adela et François appréciait beaucoup la présence de Jacques parce qu’il avait toujours plein d’histoires à partager et surtout qu’il s’adaptait bien à notre ryhtme de voyage.

Deux jours plus tard, nous étions arrivé à Mocuba, la ville où nos chemins devaient se séparer. Un triste événement allait cependant gâcher la dernière soirée ensemble de mes trois compagnons : mon démarreur, dans un dernier cri strident de désespoir, finit par décédé… Atlas, moi le grand 4×4, j’étais réduit à l’état de mobylette qu’il faut pousser pour démarrer ! Adela et François, plutôt fatalistes, n’étaient pas si déçus que ça par la nouvelle, mais ils se rendirent vite compte qu’ils allaient passer quelques moments désagréables dans les prochains jours pour me démarrer à chaque fois qu’on voudrait s’arrêter (ne serait ce que pour dormir, ou pour faire le plein d’essence… ). Il fallait trouver quelqu’un dans cette petite ville pour essayer d’arranger ça. Ils trouvèrent seulement un électricien plutôt mauvais, dont ils n’eurent jamais confiance. Ils lui laissèrent tout de mème essayer de bricoler le démarreur, mais les progrès ne furent pas probant, voire nuls dans les heures qui suivirent.

On partit vers le Malawi en sachant que le problème restait entier…

P1030692

Ah, j’allais oublier : François a aussi eu la bonne surprise de goûter l’une des grandes spécialités du Mozambique (juste deux jours avant de quitter le pays) : avoir un passager clandestin dans son pied, une puce accompagnée de son gros sac d’oeufs appelée mantequenha ! Il croyait avoir une ampoule mais Jacques n’eut lui aucun doute sur ce parasite qui avait choisit sa nouvelle deumeure. Heureusement il avait pas mal d’expérience sur le sujet. Il put le sortir du pied de François en quelques minutes.

Difficile d'échapper au mantequenha du Mozambique

Notre propre lettre despuis le bout du monde: Un reportage sur notre voyage a été publié!

[Écrit par Adela à Aswan, Égypte, jour 430 de voyage, après une expérience surrealiste avant, pendant et après la traversée sur un ferry despuis Wadi Halfa, Soudan (et que l’on espère vous raconter un jour, comme ils disent par ici: “Inshallah” (si Dieu le veut)).

Atlas doit être en ce moment sur le chemin à bord d’un bateau pour des “petits” comme lui… Il nous manque déjà!]

Le portail web espagnol El4x4.com, nous a fait une interview que, pour ce qui veulent pratiquer l’espagnol 😉 , vous trouverez ici dans leur section Cartas desde el fin del mundo (Lettres depuis le bout du monde).  Nous espèrons qu’elle vous plaira, ou au moins qu’elle vous divertira!

À bientôt!

PS: D’ailleurs, notre résolution (surtout celle d’Atlas) de la Nouvelle Année est de s’y remettre sérieusement avec nos histoires en attente!

Seconde classe sur le ferry Wadi Halfa-Aswan

BONNE ANNEE 2012, depuis Khartoum, Soudan

Bonne année à tous le monde ! L’année 2012 sera l’année du retour et des retrouvailles. On est désolé de ne pas avoir donné beaucoup de nouvelles dernièrement, mais on n’a pas eu beaucoup de temps libre… Je sais que certains ne vont pas me croire!!!

On est à Khartoum, capitale du Soudan, où nous sommes coincés pour cause de formalités administratives… Et ce n’est pas vraiment l’endroit idéal pour fêter la nouvelle année, ici ils n’en ont pas grand chose à faire. Ils sortent un peu le soir, mais juste parce que le 1er janvier c’est leur fête d’indépendance, pas parce que c’est le début de la nouvelle année…

Kenya bis (96)b - nouvelle annee

A très bientôt!

Afrique du Sud II : expérience au coeur de l’esprit

Post écrit le 25/09/2011, à Cap Maclear, Malawi. Pour une fois François a pris le relais et a écrit ce post, sans photos…

Reprendre le contrôle de son esprit… Qu’est ce que cela veut vraiment dire ? Ce n’est pas vraiment le slogan qu’ils utilisent pour vous encourager à faire cette retraite de 10 jours de méditation appelée Vipassana. Et pourtant après ces 10 jours vous vous rendez compte qu’il s’agit en partie de cela…

Adela avait déjà entendu parler de ce genre de stage où pendant 10 jours vous n’avez pas le droit de parler aux autres participants, pas le droit de se regarder dans les yeux, pas de contact physique, pas de communication possible, pas de téléphone, pas même de stylo et de carnet pour noter ce qu’il vous passe par la tête. Rien, seulement vous, assis en position du lotus pendant 11 heures par jour. Discipline stricte, petit déjeuner et repas végétarien, pas de dîner, juste quelques fruits, du pop corn et un peu de thé… Ca ne semble pas très sexy présenté comme ça, alors pourquoi le faire ? Franchement, je n’avais pas trop envie au début, alors une nouvelle fois : pourquoi le faire ? Pour mieux connaître son esprit ! (Pour ceux qui commencent à se dire que je n’ai plus les pieds sur terre, ne vous inquiétez pas je suis bien en contact avec la terre ferme !)

Je vais essayer de vous faire un résumé personnel de cette expérience, sachant que chacun le vit d’une façon différente comme j’ai pu le constater à la fin des 10 jours, quand nous avons pu recommencer à parler…

Jour 1 – Ouch ! On commence à méditer à 4h30 du matin, le ventre vide, mais l’esprit plein d’espoir : on va découvrir notre lumière intérieur et tous ces clichés sur la méditation. Vous voyez à quel point j’en étais au début du stage. Au final, on a eu seulement quelques instructions très simples. Restes assis, gardes toujours les yeux fermés, observes ta respiration et essayes de ne penser qu’à ta respiration, rien d’autre… Ca a l’air facile, non ? Mais c’est tout simplement impossible !!! Notre esprit va toujours chercher quelque chose ! Il saute d’une idée à l’autre et on ne se rend même pas compte. J’essaye à nouveau de me concentrer et  je suis tranquille pour quelques dizaines de secondes jusqu’à ce que ça recommence… En plus, je ne peux pas tenir avec les jambes en tailleur, trop de douleur. Le temps passe, lentement ; je vois tellement d’idées défiler devant moi. Même si on fait des pauses de 5 minutes entre chaque scéance de méditation, inoxérablement je m’assoie à nouveau, je ferme les yeux et mon esprit gamberge encore. Le professeur nous prévient que nous allons probablement avoir une nuit agitée. Ca a été un cauchemar atroce pour moi : juste un coup de téléphone me prévenant qu’une bombe allait exploser dans 30 minutes dans une station de métro à Paris, mais moi j’étais tranquillement à Poitiers chez mes parents ! Pourquoi m’appeler ? J’essayais ensuite d’appeler les pompiers à Paris ou la police, et ils me répondaient tout le temps que je n’appelais pas le bon arrondissement ou qu’ils n’étaient pas compétents pour résoudre ce problème… Même trois heures après le coup de téléphone des “terroristes”, j’étais toujours en train d’essayer d’appeler… Le lendemain matin au réveil tout semblait terriblement réel…

Jour 2 – Aujourd’hui, nous devons observer la respiration ainsi que nos sensations sur le nez et la lèvre supérieur. Mon esprit devient plus calme et plus docile. La posture me dérange énormément, cela m’empêche de me concentrer. La douleur est forte. Les 11 heures de méditation paraissent très longues… Une nouvelle fois je fais des cauchemars pendant la nuit. Des lutins essayent d’envahir la maison de mes parents alors que je suis là bas. Ils se cachent dans des arbres qui ressemblent à des gros blocs de mousse. Je rêve ensuite qu’une nouvelle guerre mondiale a commencé entre plus de 100 pays à cause du manque d’eau sur la planète. Le lendemain matin j’ai l’impression que je n’ai presque pas dormi.

Jour 3 – Mêmes instructions que la veille… Heureusement j’arrive à dormir lors des pauses (longues) du petit déjeuner et du repas du midi. Je découvre qu’en mettant des coussins sous mes genoux ça m’aide à réduire considérablement la douleur dans mes aducteurs pendant la méditation. Le fait de ne pas bouger me permet d’augmenter ma concentration, mon esprit semble presqu’arrêté, mais c’est le dos qui commence à me faire mal maintenant ! Je commence à trouver le temps long… Je sais que cette nuit là j’ai encore fait un cauchemar mais je ne m’en rappelle plus le lendemain matin.

Jour 4 – Mon dos, mon dos, mon dos… Aïe ! C’est incroyable comme mon dos me fait mal. Je ne peux pas rester plus de dix minutes dans la même position. Les instructions changent et pendant la matinée nous devons observer les sensations simplement sur la lèvre supérieure. Pendant l’après midi, nous commençons un nouveau style de méditation, le vipassana, l’observation des sensations sur tout le corps. C’est étrange, dès le premier essai j’arrive à sentir presque toutes les parties de mon corps en passant doucement de l’une à l’autre. De ce que je me rappelle, ma nuit fût plus calme ce jour là.

Jour 5 – Balayer son corps à l’écoute des sensations, et essayer de ne pas bouger. Le professeur appelle ça la “forte détermination”. Pour moi c’est tout simplement impossible. Je vais voir l’un des assistants du professeur le midi pour lui demander si il peut me conseiller pour ne pas bouger. Il me répond que l’unique conseil est de rester concentrer et de tenir le coup… ouais, je ne suis pas très convaincu, mais je vais essayer… L’après midi, à la fin d’une des scéances je me rend compte que j’ai une larme au coin de l’oeil, je ne m’en étais même pas rendu compte ! Ce n’était une larme de tristesse, mais une larme de douleur… En me couchant, mes machoires me font mal tellement j’ai serré les dents toute la journée pour contenir le mal au dos.

Jour 6 – La douleur au dos commence à se dissiper. D’autres douleurs apparaissent (genou, cuisse) mais elles sont plus supportables. Je n’arrive pas à comprendre si la douleur est vraiment plus faible ou même partie, ou si mon esprit a réussi à se détacher de cette douleur. J’arrive à ne penser à rien pendant une heure, mais il m’est toujours impossible de rester cette même heure sans bouger… Cela devient de plus en plus intéressant d’être conscient de ce que je peux ressentir sur mon corps. Plusieurs parties restent cependant totalement muettes.

Jour 7 – C’est l’anniversaire de mon père aujourd’hui mais je peux pas l’appeler… Je l’avais prévenu avant de commencer ces 10 jours donc je me sens moins coupable… Mon dos va bien, mais ma jambe droite me fait vraiment souffrir maintenant, surtout le genou ! A la fin de la journée je ressens une sensation bizarre sur presque tout mon corps, comme un fourmillement qui se déplace. Lorsque je pars me coucher, ça continue encore pendant 5 minutes, avant de s’arrêter… Le professeur appelle ça un “flux libre” et nous avait dit de le considérer comme une sensation en plus, pas comme quelque chose de spécial. Pourtant c’est complétement différent des sensations que j’avais l’habitude d’expérimenter.

Jour 8 – Tout le timing de ces 10 jours est signalé à l’aide d’un gong, même le réveil le matin. Mon problème est que je commence à me réveiller en pleine nuit en croyant que le gong sonne et que c’est déjà l’heure de la scéance de méditation du matin ! J’ai du mal à me rendormir. Pourtant quand finalement je me lève, je ne me sens pas si fatigué… Pour la première fois, j’arrive à me concentrer entre 4h30 et 6h30 du matin ! Toute la journée j’ai l’esprit à l’arrêt et progressivement j’affine ma capacité à observer les sensations. Comme tous les soir, nous écoutons un discours d’un peu plus d’une heure de la part du professeur sur la méditation Vipassana et aussi la vie du Bouddha. Mais ce soir là j’en ai vraiment marre de ces histoires qui me semblent complétement “clichés”, parce que ce sont la plupart du temps le genre d’histoires que certaines personnes peuvent vous dire qu’elles viennent du Coran, ou de la Bible, ou de la vie du Bouddha. Il est souvent difficile de voir la relation avec la méditation…

Jour 9 – Je deviens complètement paranoïaque avec le gong. Pendant la nuit et aussi une partie de la journée j’ai l’impression de l’entendre très souvent. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il se passe. Le professeur nous a prévenu qu’aujourd’hui était le dernier jour de réelle méditation, parce que le jour suivant nous pourrions à nouveau communiquer… Les instructions changent toutes les deux heures en expérimentant différentes façons d’observer son corps, le changement est tellement rapide que je me perds complètement. Je préfère continuer à balayer de façon simple mon corps et à être attentif à ce que je ressens…

Jour 10 – On sait qu’à partir de 10h nous pourrons à nouveau communiquer, et dès la scéance de 4h30 du matin je remarque que certains sont très agités. Lorsqu’arrive enfin à la fin du silence, plusieurs personnes sortent rapidement du hall de méditation pour commencer à parler. Pour moi, le choc est trop violent. Mon colocataire de chambre reste dans le hall pour méditer et je me dis que peut être pour lui aussi c’est difficile de couper ce silence (plus tard il me dit qu’il avait en fait oublié qu’on pouvait à nouveau parler à partir de ce moment, et il ne s’était pas rendu compte du bruit des voix !!!).  Je pars dans ma chambre laver mon linge. Nous avons 2 heures pour prendre un thé et échanger avant de recommencer à méditer. Finalement j’y vais une demi heure plus tard, Adela m’attendait. Lorsqu’elle me voit, elle a l’impression que je sors d’une nuit de plus de 48h tellement mon visage est relaxé. Plus tard l’un des participants me demande si j’ai 21 ans !?!?! Apparemment j’ai dû rajeunir pendant ces dix jours ! :o) En me regardant dans une glace, je n’ai pas l’impression d’avoir changé. Le retour à la méditation est difficile car je n’ai plus le contrôle de mon esprit. J’ai pris l’habitude de ne plus faire d’effort pour obtenir ce silence mental et donc le défilement des idées devient peu à peu omniprésent. Plus la journée avance, plus les conversations se multiplient, et plus les idées défilent pendant la méditation. A présent je comprends mieux pourquoi cette règle du silence est si importante pendant ces 10 jours. Peu à peu, tout redevient “normal”, comme un attérissage en douceur…

Quel est le sens de ces 10 jours ? A travers ce recit jour après jour, il est difficile de voir le sens de tout cela. D’une façon simplifiée, notre esprit n’a que très peu d’emprise sur nos réactions immédiates (qui sont plutôt gérées par nos réflexes), et préfère s’occuper de pensées passées ou futures. Si vous vous arrêtez un instant pour analyser un peu ce qu’il vous passe par la tête vous allez sûrement vite le remarquer. Lorsque je faisais référence avant à ce que mon esprit “s’arrête”, ce n’est pas qu’il a cessé son activité, simplement qu’il se concentre sur le moment présent : on a alors l’impression que tout est calme !

Dans le cas des réactions immédiates, il est parfois très utile que nos réflexes dirigent nos actions. Par exemple lorsqu’on se brûle, on remercie nos réflexes de nous faire vite éloigner la zone brûlée de la source de chaleur, parce que c’est nécessaire ! Le réflexe est mécanique et notre esprit n’intervient pas lorsqu’on ressent une brûlure, ou du moins de façon consciente. Cela devient plus génant quand l’esprit ne réagit plus de façon consciente à des sensations qui entraîne la colère, la douleur, la jalousie, le désir, etc… L’objectif de ces 10 jours est d’apprendre comment entraîner son esprit à être plus conscient de ce qu’on ressent et à avoir un meilleur contrôle sur nos réactions en expérimentant la nature passagère de nos sensations.

Ca peut sembler un peu loin de nos préoccupations quotidiennes, mais je pense vraiment que c’est le genre d’expérience bénéfique pour n’importe qui. Après, chacun peut choisir si il veut continuer ou non la méditation dans sa vie de tous les jours !

Quand nous avons redémarré Atlas et que nous sommes partis faire des courses dans un supermarché sud-africain, nous sommes vite revenus à notre rythme habituel ! Nous avons fait un arrêt à Bloemfontein pour réparer quelques petites choses sur Atlas, pour ensuite partir vers le Swaziland, où il est encore possible d’acheter le visa pour le Mozambique pour seulement 20 euros ! (Partout ailleurs, ce sont 60 euros…)

Ca fait du bien aussi de repartir sur la route !!!

Afrique du Sud II : expérience au coeur de l’esprit

Post écrit le 25/09/2011, à Cap Maclear, Malawi. Pour une fois François a pris le relais et a écrit ce post, sans photos…

Reprendre le contrôle de son esprit… Qu’est ce que cela veut vraiment dire ? Ce n’est pas vraiment le slogan qu’ils utilisent pour vous encourager à faire cette retraite de 10 jours de méditation appelée Vipassana. Et pourtant après ces 10 jours vous vous rendez compte qu’il s’agit en partie de cela…

Adela avait déjà entendu parler de ce genre de stage où pendant 10 jours vous n’avez pas le droit de parler aux autres participants, pas le droit de se regarder dans les yeux, pas de contact physique, pas de communication possible, pas de téléphone, pas même de stylo et de carnet pour noter ce qu’il vous passe par la tête. Rien, seulement vous, assis en position du lotus pendant 11 heures par jour. Discipline stricte, petit déjeuner et repas végétarien, pas de dîner, juste quelques fruits, du pop corn et un peu de thé… Ca ne semble pas très sexy présenté comme ça, alors pourquoi le faire ? Franchement, je n’avais pas trop envie au début, alors une nouvelle fois : pourquoi le faire ? Pour mieux connaître son esprit ! (Pour ceux qui commencent à se dire que je n’ai plus les pieds sur terre, ne vous inquiétez pas je suis bien en contact avec la terre ferme !)

Je vais essayer de vous faire un résumé personnel de cette expérience, sachant que chacun le vit d’une façon différente comme j’ai pu le constater à la fin des 10 jours, quand nous avons pu recommencer à parler…

Jour 1 – Ouch ! On commence à méditer à 4h30 du matin, le ventre vide, mais l’esprit plein d’espoir : on va découvrir notre lumière intérieur et tous ces clichés sur la méditation. Vous voyez à quel point j’en étais au début du stage. Au final, on a eu seulement quelques instructions très simples. Restes assis, gardes toujours les yeux fermés, observes ta respiration et essayes de ne penser qu’à ta respiration, rien d’autre… Ca a l’air facile, non ? Mais c’est tout simplement impossible !!! Notre esprit va toujours chercher quelque chose ! Il saute d’une idée à l’autre et on ne se rend même pas compte. J’essaye à nouveau de me concentrer et  je suis tranquille pour quelques dizaines de secondes jusqu’à ce que ça recommence… En plus, je ne peux pas tenir avec les jambes en tailleur, trop de douleur. Le temps passe, lentement ; je vois tellement d’idées défiler devant moi. Même si on fait des pauses de 5 minutes entre chaque scéance de méditation, inoxérablement je m’assoie à nouveau, je ferme les yeux et mon esprit gamberge encore. Le professeur nous prévient que nous allons probablement avoir une nuit agitée. Ca a été un cauchemar atroce pour moi : juste un coup de téléphone me prévenant qu’une bombe allait exploser dans 30 minutes dans une station de métro à Paris, mais moi j’étais tranquillement à Poitiers chez mes parents ! Pourquoi m’appeler ? J’essayais ensuite d’appeler les pompiers à Paris ou la police, et ils me répondaient tout le temps que je n’appelais pas le bon arrondissement ou qu’ils n’étaient pas compétents pour résoudre ce problème… Même trois heures après le coup de téléphone des “terroristes”, j’étais toujours en train d’essayer d’appeler… Le lendemain matin au réveil tout semblait terriblement réel…

Jour 2 – Aujourd’hui, nous devons observer la respiration ainsi que nos sensations sur le nez et la lèvre supérieur. Mon esprit devient plus calme et plus docile. La posture me dérange énormément, cela m’empêche de me concentrer. La douleur est forte. Les 11 heures de méditation paraissent très longues… Une nouvelle fois je fais des cauchemars pendant la nuit. Des lutins essayent d’envahir la maison de mes parents alors que je suis là bas. Ils se cachent dans des arbres qui ressemblent à des gros blocs de mousse. Je rêve ensuite qu’une nouvelle guerre mondiale a commencé entre plus de 100 pays à cause du manque d’eau sur la planète. Le lendemain matin j’ai l’impression que je n’ai presque pas dormi.

Jour 3 – Mêmes instructions que la veille… Heureusement j’arrive à dormir lors des pauses (longues) du petit déjeuner et du repas du midi. Je découvre qu’en mettant des coussins sous mes genoux ça m’aide à réduire considérablement la douleur dans mes aducteurs pendant la méditation. Le fait de ne pas bouger me permet d’augmenter ma concentration, mon esprit semble presqu’arrêté, mais c’est le dos qui commence à me faire mal maintenant ! Je commence à trouver le temps long… Je sais que cette nuit là j’ai encore fait un cauchemar mais je ne m’en rappelle plus le lendemain matin.

Jour 4 – Mon dos, mon dos, mon dos… Aïe ! C’est incroyable comme mon dos me fait mal. Je ne peux pas rester plus de dix minutes dans la même position. Les instructions changent et pendant la matinée nous devons observer les sensations simplement sur la lèvre supérieure. Pendant l’après midi, nous commençons un nouveau style de méditation, le vipassana, l’observation des sensations sur tout le corps. C’est étrange, dès le premier essai j’arrive à sentir presque toutes les parties de mon corps en passant doucement de l’une à l’autre. De ce que je me rappelle, ma nuit fût plus calme ce jour là.

Jour 5 – Balayer son corps à l’écoute des sensations, et essayer de ne pas bouger. Le professeur appelle ça la “forte détermination”. Pour moi c’est tout simplement impossible. Je vais voir l’un des assistants du professeur le midi pour lui demander si il peut me conseiller pour ne pas bouger. Il me répond que l’unique conseil est de rester concentrer et de tenir le coup… ouais, je ne suis pas très convaincu, mais je vais essayer… L’après midi, à la fin d’une des scéances je me rend compte que j’ai une larme au coin de l’oeil, je ne m’en étais même pas rendu compte ! Ce n’était une larme de tristesse, mais une larme de douleur… En me couchant, mes machoires me font mal tellement j’ai serré les dents toute la journée pour contenir le mal au dos.

Jour 6 – La douleur au dos commence à se dissiper. D’autres douleurs apparaissent (genou, cuisse) mais elles sont plus supportables. Je n’arrive pas à comprendre si la douleur est vraiment plus faible ou même partie, ou si mon esprit a réussi à se détacher de cette douleur. J’arrive à ne penser à rien pendant une heure, mais il m’est toujours impossible de rester cette même heure sans bouger… Cela devient de plus en plus intéressant d’être conscient de ce que je peux ressentir sur mon corps. Plusieurs parties restent cependant totalement muettes.

Jour 7 – C’est l’anniversaire de mon père aujourd’hui mais je peux pas l’appeler… Je l’avais prévenu avant de commencer ces 10 jours donc je me sens moins coupable… Mon dos va bien, mais ma jambe droite me fait vraiment souffrir maintenant, surtout le genou ! A la fin de la journée je ressens une sensation bizarre sur presque tout mon corps, comme un fourmillement qui se déplace. Lorsque je pars me coucher, ça continue encore pendant 5 minutes, avant de s’arrêter… Le professeur appelle ça un “flux libre” et nous avait dit de le considérer comme une sensation en plus, pas comme quelque chose de spécial. Pourtant c’est complétement différent des sensations que j’avais l’habitude d’expérimenter.

Jour 8 – Tout le timing de ces 10 jours est signalé à l’aide d’un gong, même le réveil le matin. Mon problème est que je commence à me réveiller en pleine nuit en croyant que le gong sonne et que c’est déjà l’heure de la scéance de méditation du matin ! J’ai du mal à me rendormir. Pourtant quand finalement je me lève, je ne me sens pas si fatigué… Pour la première fois, j’arrive à me concentrer entre 4h30 et 6h30 du matin ! Toute la journée j’ai l’esprit à l’arrêt et progressivement j’affine ma capacité à observer les sensations. Comme tous les soir, nous écoutons un discours d’un peu plus d’une heure de la part du professeur sur la méditation Vipassana et aussi la vie du Bouddha. Mais ce soir là j’en ai vraiment marre de ces histoires qui me semblent complétement “clichés”, parce que ce sont la plupart du temps le genre d’histoires que certaines personnes peuvent vous dire qu’elles viennent du Coran, ou de la Bible, ou de la vie du Bouddha. Il est souvent difficile de voir la relation avec la méditation…

Jour 9 – Je deviens complètement paranoïaque avec le gong. Pendant la nuit et aussi une partie de la journée j’ai l’impression de l’entendre très souvent. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il se passe. Le professeur nous a prévenu qu’aujourd’hui était le dernier jour de réelle méditation, parce que le jour suivant nous pourrions à nouveau communiquer… Les instructions changent toutes les deux heures en expérimentant différentes façons d’observer son corps, le changement est tellement rapide que je me perds complètement. Je préfère continuer à balayer de façon simple mon corps et à être attentif à ce que je ressens…

Jour 10 – On sait qu’à partir de 10h nous pourrons à nouveau communiquer, et dès la scéance de 4h30 du matin je remarque que certains sont très agités. Lorsqu’arrive enfin à la fin du silence, plusieurs personnes sortent rapidement du hall de méditation pour commencer à parler. Pour moi, le choc est trop violent. Mon colocataire de chambre reste dans le hall pour méditer et je me dis que peut être pour lui aussi c’est difficile de couper ce silence (plus tard il me dit qu’il avait en fait oublié qu’on pouvait à nouveau parler à partir de ce moment, et il ne s’était pas rendu compte du bruit des voix !!!).  Je pars dans ma chambre laver mon linge. Nous avons 2 heures pour prendre un thé et échanger avant de recommencer à méditer. Finalement j’y vais une demi heure plus tard, Adela m’attendait. Lorsqu’elle me voit, elle a l’impression que je sors d’une nuit de plus de 48h tellement mon visage est relaxé. Plus tard l’un des participants me demande si j’ai 21 ans !?!?! Apparemment j’ai dû rajeunir pendant ces dix jours ! :o) En me regardant dans une glace, je n’ai pas l’impression d’avoir changé. Le retour à la méditation est difficile car je n’ai plus le contrôle de mon esprit. J’ai pris l’habitude de ne plus faire d’effort pour obtenir ce silence mental et donc le défilement des idées devient peu à peu omniprésent. Plus la journée avance, plus les conversations se multiplient, et plus les idées défilent pendant la méditation. A présent je comprends mieux pourquoi cette règle du silence est si importante pendant ces 10 jours. Peu à peu, tout redevient “normal”, comme un attérissage en douceur…

Quel est le sens de ces 10 jours ? A travers ce recit jour après jour, il est difficile de voir le sens de tout cela. D’une façon simplifiée, notre esprit n’a que très peu d’emprise sur nos réactions immédiates (qui sont plutôt gérées par nos réflexes), et préfère s’occuper de pensées passées ou futures. Si vous vous arrêtez un instant pour analyser un peu ce qu’il vous passe par la tête vous allez sûrement vite le remarquer. Lorsque je faisais référence avant à ce que mon esprit “s’arrête”, ce n’est pas qu’il a cessé son activité, simplement qu’il se concentre sur le moment présent : on a alors l’impression que tout est calme !

Dans le cas des réactions immédiates, il est parfois très utile que nos réflexes dirigent nos actions. Par exemple lorsqu’on se brûle, on remercie nos réflexes de nous faire vite éloigner la zone brûlée de la source de chaleur, parce que c’est nécessaire ! Le réflexe est mécanique et notre esprit n’intervient pas lorsqu’on ressent une brûlure, ou du moins de façon consciente. Cela devient plus génant quand l’esprit ne réagit plus de façon consciente à des sensations qui entraîne la colère, la douleur, la jalousie, le désir, etc… L’objectif de ces 10 jours est d’apprendre comment entraîner son esprit à être plus conscient de ce qu’on ressent et à avoir un meilleur contrôle sur nos réactions en expérimentant la nature passagère de nos sensations.

Ca peut sembler un peu loin de nos préoccupations quotidiennes, mais je pense vraiment que c’est le genre d’expérience bénéfique pour n’importe qui. Après, chacun peut choisir si il veut continuer ou non la méditation dans sa vie de tous les jours !

Quand nous avons redémarré Atlas et que nous sommes partis faire des courses dans un supermarché sud-africain, nous sommes vite revenus à notre rythme habituel ! Nous avons fait un arrêt à Bloemfontein pour réparer quelques petites choses sur Atlas, pour ensuite partir vers le Swaziland, où il est encore possible d’acheter le visa pour le Mozambique pour seulement 20 euros ! (Partout ailleurs, ce sont 60 euros…)

Ca fait du bien aussi de repartir sur la route !!!